Jane Nose - Les Escholiers Primaires. Ligne de Nicolaï. Automne

Date du document : 1973 et 1976

Texte inédit. Ne pas oublier que les “Saisons Logiques” de la Cosmologie n’ont rien à voir avec celles du calendrier. Ici l’action se passe au Printemps, mais le récit fait partie de l’Automne dans la Ligne de Nicolaï.

« Tu veilleras sur moi ? »
Toute petite si triste avec sa bouche menue qui me pompe si bien la langue dans l’ombre nous glissant dessus en même temps que sa sensualité ; elle “qui ne desserrait pas les lèvres” tout à l’heure, me dit à présent : “J’ai envie de toi !”, mais je refuse, dans ce béton, laissant seulement glisser mes vêtements avec la nuit, me retrouvant tout nu contre elle, éprouvant ma queue de plus en plus tendue, jusqu’à la porter, la soulever toute depuis son entrecuisses, noir et maigre, les seins plats, têtons réduits à deux ronds, que j’embrasse, et que j’étire doucement sous le soutien-gorge de soie mauve, après avoir reniflé lentement ses aisselles…
J’aime les femmes à la tombée du soir en automne, le sens du corps, ce sursaut avant le silence définitif, aussi sauvage que la morsûre d’un loup à leur cou ; depuis cette jeune et rare architecte à travailler en mobylette qui me montrait ses entassements de cailloux du Quercy ; son nom… oublié, son prénom aussi ; seule l’odeur de mon sperme encore frais dans sa bouche, mais trop acide pour mon goût ; elle que je fuis en courant, sous les lancées des feux de boutiques, dans l’horreur incendiaire des luminaires de vitrines, extase citrique ! Jusqu’au repli enfin dans la bêtise alcaline et douillette…
Quel Docteur Noir me conseille là ? Quel jour de guillotine et de bouquets d’heureuses formules… Ce sont les zèles des bords, les autres bouches, le charme incomparable, de ce qui retombe aussitôt !
L’amour comme une chute, entre ses jambes en flaques grasses, le long de ses collants noirs qu’il faut nettoyer à l’eau en vitesse avant qu’elle aille récupérer ses enfants chez les Sœurs.
« Vous mangerez avec moi ? »
Au secret de son dos musculeux et fort, désirable parmi les pupitres dans le dortoir, mais pauvre quand tombe le soir, inattendu ; sa culotte que je baisse puis remonte aussitôt ; des fesses fortes, des seins bien pris ; la Fauve qui n’a pas assez à manger dans son foyer, ni bien, et dont le père fut emporté après une crise plus terrible que les autres, lui qui ne mangeait ni ne parlait depuis des années, devenu grabataire dans son lit, refusant à tout jamais de se lever, de sortir dans la cité, capturé à la fois par quatre infirmiers à la sortie du taudis : “croyez pas que je vais crever : j’suis pas si bête !”

Publié le 10 mai 2008 dans document Cosmologie Onuma Nemon texte