Premier Mai 1976 - Monique Charvet & Françoise Labat

Date du document : 1er Mai 1976

“Non, laisse, c’est rien, c’est comme une pluie de printemps. Je pleure, je pleure ; elle est derrière la cloison, ne m’en veuillez pas !” C’est le cortège du 1er mai 1976, les antillais à côté des cégétistes et des amis de Bigeard.

« Matérialiste hystériques ! Mal baisées !  Elle mouillent ! — Je suis une femme de la CGT et j’ai honte ! — Les enfants de putain, on n’en a rien à faire ! Dis, tu veux que je te la renverse, ta camionnette ? — Laissez donc ça tranquille, bourrins : c’est la crèche ! — Dis, tu la veux pas, ma biroute dans ta crèche ? — Salauds ! — Tiens, les pédés s’y mettent. Prends ça sur ta gueule, vieille tante ! — On devait prendre place dernière les UD 75, c’était prévu dans la coordination. — Salopes ! — Ordures ! Et devant les UD 93 à 95. — Ta gueule ! On va les foutre en l’air, ces résidus de tantouses ! —  Viol de nuit, Terre des hommes ! L’homme est le passé de la femme. 

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Publié le 30 mars 2022 dans document DAO texte

Au Verger des Anciens - Récits de Joël Roussiez

Date du document : 2016. La Rumeur Libre

Au lecteur,

S'il est bon de faire entendre des histoires, il faut préciser que les nôtres, Lecteur, ne sont pas à entendre au sens ancien qui veut dire comprendre mais au sens moderne qui passe par l'oreille car, dit Cicéron : « le discours doit chercher le plaisir de l'oreille », ce que rapporte Aulu-Gelle. C'est donc lorsque tu liras par les yeux que tu entendras par les oreilles ce que disent ces paroles dégelées, selon Rabelais. Ainsi sache, lecteur très cher, que ce que nous racontons, c'est pour la musique !
Mais sache encore que nous ont guidé quelques maîtres anciens qui prirent soin de nous offrir quelques fruits et, dégelant nos doigts gourds, corrigèrent nos maladresses en ces temps divers, ou d'hiver, où rien n'est plus agréable à l'oreille que d'être frottée par d'autres…
À bon entendeur donc, salut ! Et qu'il en soit pour toi comme du feu roi François dont Martin Du Bellay écrivit : « toutesfois jamais adversité qui luy peust advenir ne luy abaissa le cœur ».

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Publié le 16 janvier 2022 dans document texte DAO

Histoire Deux - Nouvelles de Nycéphore

Date du document : 1976-1982

Tandis que le vent rabat la fumée de nos cheminées sur le ciel gris de neige et le fond des sapins, j’absorbe cette vue avec la même nécessité d’imprégnation que celle qui existe à partir d’un texte historique ou dans toute autre forme de récit. Seule la poésie offre la plus grande succession fragmentée de climats ; la force d’incantation visionnaire d’un poème comme Les Classeurs ou Terre de Grogne (1), par exemple, est pour moi colossale et n’a rien à voir avec un jeu littéraire ou une astuce verbale ; dans Les Chercheurs d’Or (2), une infime blessure ouvre un monde, comme l’agate de Roman. À toute communication préférons l’hermétisme du Chant ou de la danse guerrière.
Ainsi vont les rêveries d’un enfant au fond d’un grenier à partir d’archives familiales, ou les constructions historiques qu’on se fait, les histoires deux, ces curieuses imprégnations à partir des récits entendus en classe et des livres d’Histoire lus.
Grâce à ma maîtresse primaire (Mlle Angélique !) j’ai pu ainsi assister à la Saint-Bartélémy en la replaçant à Saint-Michel et la Sécession à Saint-Augustin. En d’autres quartiers de Bordeaux ou des villages connus, j’ai construit mes premiers récits de cape et d’épée et surtout j’ai participé à l’exaltation des Enfants Croisés qui sont venus me rendre visite la nuit, et qui agissaient essentiellement du côté du Maucaillou ; tout le Moyen-Âge était là et rayonnait tout autour de la maison du bourreau rue Saumenude jusqu’aux Halles des Capucins.

Il a suffi ensuite que Nicolas reçoive ses Commandements près du ruisseau du Peugue et devant l’entrepôt des Autobus, à Lescure, pour que ça tourne au carré, comme la Fortune !
Il ne s’agit donc absolument pas de couleur locale ni de vérité historique mais de crever espaces et époques les unes par les autres aussi vrai que le Christ a suivi la route 66 et a subi l’horreur des urines de la place Canteloup.

(1) : Livre Poétique de Nycéphore
(2) : Livre Poétique de Nicolaï

Hiver 1982

Publié le 16 janvier 2022 dans document texte OGR

Livre Poétique de Nycéphore

Date du document : 1964-1984

Le Livre Poétique de Nycéphore est un recueil de 240 pages qui s’étend sur vingt ans (1964-1984). Il a pour pendant un volume semblable de Nicolaï. Cela ne résume pas toute la partie poétique de l’œuvre qui comprend également des Os de Poésie (de 1984 à 2000), des poèmes en prose, poèmes sonores, etc. Ceci vaut également pour Nicolaï.

On a laissé l’intégralité du volume sans aucun choix, même si il y avait des faiblesses, à cause des correspondances en vis-à-vis entre les deux frères de chacun des poèmes. Il y a beaucoup de “remplissage versifié” : en 1964 l’auteur avait 15 ans, et il était curieusement à la fois dans quelque chose de très actuel proche de Cendrars ou la Beat Generation dans son travail radiophonique et tout une série de poèmes qui en dérivaient ; et de complètement archaïque dans d’autres poèmes ou dans l’écriture de Roman, proche de son espace de réclusion. Les deux on co-existé longtemps.

S’il y a un choix de l’auteur c’est celui qui est présent dans les extraits. Là où la versification laisse la place à l’aspect hypnotique et incantatoire. On a développé ailleurs cette problématique autour de figures qui semblent traverser les siècles et qui ne tiennent pas à la prosodie.

Télécharger les extraits du Livre Poétique de Nycéphore

Publié le 16 novembre 2021 dans texte document OGR

Bonheur Thoracique - Os de Poésie Nicolaï

Date du document : Décembre 1977

BONHEUR THORACIQUE

Je fus dans le corps d'un aïeul : avec ses jambes qu'on ne maîtrise plus, le vent pelant la face hirsute de la mauvaise saison, burinant ses traînées entre poils et cheveux, emportant au loin dans l'Histoire des cauchemars polaires.
La Vague circulait dans les tranchées et la lumière dans les creux, dans les versants de la vallée, à l'arrière des derniers talus d'arbustes ; les Irlandais sabotaient la campagne de Pâques jusqu'à l'insurrection. Le 16 avril 1917 flottait un énorme nuage noir pourri de neige, de fumier gelé, de gueulements au-delà des bosquets et des lacis barbelés jusqu'à la Crête des Dames d'où l'on domine les fonds humides de la vallée de l'Ailette, le Bois des Buttes, le Ruisseau de la Miette, la Ville au Bois et la Musette, et surtout les torches brûlantes et hurlantes jaillissant des chars incendiés.
Si je suis d'un printemps, c'est de cette herbe encore trop pâle ou ma mère élève des plantes comme elle ferait pousser des enfants, car elle a les doigts verts de celle qui n'a pas su sauver son fils. Il n'y a pas de bras dressé de Diane pour la défendre ; mais il y a ses mains qui nous ont défendu des mâchoires du chien en rage quand nous étions enfant, d'abord aveuglé par la lampe en forme de globe de l'ophtalmo, enfin heureux de la fenêtre ouvrant sur le jardin du médecin suivant sauveur de notre œil.

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Publié le 13 novembre 2021 dans texte OGR document

La Longue Marche - Os de Poésie Nycéphore

Date du document : 1984 & Après

La Longue Marche

... Je n’en ai pas fini d’avoir dormi longtemps, frais et dispos d’emblée, arrêté dans un lieu pour boire du café, simplement, voir des gens, sourire à tous, admirer le visage des enfants, le jeu des animaux, l’air benêt, parfaitement sans ombre.
On n’en a pas fini de la parole qui éteint tout sauf cette charge distribuée dans le ciel, de cette perpétuelle chute en avant de la course, la voix perdue quand on jouit dans la Neige jusqu’à pluspersonnevisible.
On n’en a pas fini avec le cortège qu’on voit de loin à travers les bourrasques, les trombes de pluie, de se rendre au cimetière dans des cirés fluorescents en coupant dans la paille et la luzerne, dérangées…
On n’en a pas fini comme personne privée de ramasser quantité de cadavres publics.
On en finit pas avec l’arithmétique, le vélo au soleil et le chien souffrant ; ...

Lire avant et après…

Publié le 13 novembre 2021 dans texte OGR document

Petites proses inédites de Joël Roussiez

Date du document : 2020

Derrière la vitre de la maison (raga Durga, P. Istrati)

Le jour se lève enfin, sous les rafales de pluie, la lumière s’adoucit et doucement s’éclaircit alors que le vent se calme un peu en remuant les feuilles qui tombent et tournent loin au-dessus de la prairie, portées par les souffles intermittents qui passent ou s’enfuient… La fuite se propage au solitaire comme l’escapade à l’homme qui vieillit et le voyage entrevu comme une croisière mouvementée tente une jeune mère à la fenêtre de la maison. Elle regarde le remuement des branches et les feuilles qui s’envolent : je partirai un jour et que ce soit dans la tempête sera très amusant… Elle relève ses cheveux pour dégager son regard, elle observe dans le vague un petit buisson déraciné qui roule par à-coups dans l’herbe malmenée. Le vent pousse devant lui et l’âme le suit… Sur un lit de fleurs, je dormirai, écoutant les oiseaux de la prairie, les cailles, les perdrix…

Derrière les Vitres de la maison est extrait de Voyager Sans Partir (non publié),

Invitation des fleurs de Invitation Des Fleurs (non publié).

Souvenir Anatolien ne fait pas partie d’un volume constitué.

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Publié le 30 octobre 2021 dans texte DAO document