Aube à Tokyo - Les Adolescents. Ligne d’Aube. Terre

Date du document : 1978

11 000 mètres d’altitude. 900km/heure. Passage le long du cercle polaire, soleil de minuit, nuit pincée entre la lumière du couchant et celle du levant. Intense humidité stagnante. Nuit. Shinjuku.
Aube écrivait à Monique (qui aurait dû venir) que son expo à Tokyo le 26 août faisait partie de “Femmes et Histoire”. Mr Yamagishi lui offrait le luxe de montrer des morceaux de peau et de chair dans une galerie. “Les femmes ont créé 52% de toutes les formes de pensée humaine ; que les hommes assument au moins les 48% qui leur restent !” Elle avait envoyé un télégramme à l’ambassade de Russie Bd Lannes pour le soutien des femmes russes en lutte comme elle en enverrait quatre ans plus tard encore pour éviter le séjour en camp à Nathalia Lazareva. À Shigel elle avait dit : “You are not living in my body.” et “J’ai le droit de briser l’ordre des chapitres.”
À Tokyo elle fit de l’Ikebana avec Yemoto et d’autres Senseï ; mais tous ces Senseï et ces dames très courtoises de la bourgeoisie l’agaçaient comme un rebrousse-poil électrique sur un pelage de chat. Elle avait amené de la poudre de cacao Van Houten et du sucre en poudre pour leur faire des crèpes comme ils aimaient quand ils logeaient chez elle rue de Lancry pour des stages à Paris, avec Sankai Juku. En sortant dans la rue elle avait parlé avec un jeune garçon qui faisait partie d’un groupe politique contre la bombe atomique. Dans la rue elle acheta tout un tas de coupes, de bols et de baguettes. “Les choses, quand elle sont juste perçues, ne sont pas encore cochées.” Plutôt le futur pour son texte de présentation : “Les traversées des apparences se feront là, à travers ce gris.”

Publié le 14 décembre 2007 dans document Cosmologie Onuma Nemon texte

Aube : Transapparences. Tokyo - Les Adolescents. Ligne d’Aube. Autres villes

Date du document : 1978

“Contre un ordre misogyne (mot rare jusqu’au XIXème siècle), j’exclose des petits morceaux de peau géographique trouée à l’emplacement des mers (ici aussi la terre tremble !). Je donne des “Pieces of Life”, morceaux de corps, de vie, de temps (et c’est une posture sexuelle, une posture de production, une PROSTITURE).
Je désigne la fragilité de la matière (papier de soie), de la couleur (encres, or), l’éphémère buvant dans la couleur primaire la bulle d’air sortie du liquide glauque. Le papier se gonfle, se tend (en quelques heures le désert le plus aride peut se recouvrir d’une abondante végétation) ; j’opère sur la matière de la feuille un travail de chirurgien, replie au vaccinostyle des bourrelets de peau et de soi et de chair où mouille la partie lombaire de la côte du Pérou, m’abaisse au-dessous de l’Équateur : la colonne de Colombie me respire.
Alors que le temps a passé, le papier se colle (à l’air) à l’eau de la vitre (le détacher doucement avec la pointe du vaccinostyle sans en déchirer la moindre membrane, comme quelque bijouterie précieuse - des yeux - ; je pense à mon père presqu’aveugle) ; ce sont presque des transparences, des Trans-Apparences, et fantoches et grisées sur les murs ; les travers des apparences se font là, aujourd’hui, à travers ce gris.”
Aube Lambrée. Printemps 1978.

Aube : Transapparences. Tokyo

Publié le 4 décembre 2007 dans document Cosmologie Onuma Nemon peinture