Tombeau - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2010

Un tombelier ouvrait des tombes dont il tirait les dalles par des cordes liées à son tombereau, poussant, « han, han! » ses boeufs à l’aide d’un grand fouet tandis que les roues suivaient un sol accidenté qui forçait parfois le char sur lequel l’homme se maintenait en s’agrippant d’un bras aux ridelles, tantôt à droite, tantôt à gauche, et poussant, poussant toujours ses boeufs, « han et han! », dans un paysage mouvementé où la terre en mamelons s’étendait sous l’horizon comble de nuages échevelés et distords.

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Publié le 6 avril 2011 dans document DAO texte

Parfois L’Hiver - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2010

Nous buvions des chocolats dans des cafés aux plafonds bas, ornés de cuivre brillant et
d’éclairages diffus, dans lesquels des gens pauvres jouaient aux courses sirotant des cafés bientôt froids et s’excusant d’être là au chaud tandis que dehors il faisait froid, très froid parfois si bien qu’il glaçait dans les rues mouillées et que ces pauvres hésitaient sur le pas de la porte avant de disparaître rapidement derrière les vitres embuées derrière lesquelles nous buvions.

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Publié le 6 avril 2011 dans document DAO texte

Une journée maussade - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2011

Une journée maussade où nous étions en rade dans le doux Ar Ménez, toute voile pendue ainsi que du linge mouillé, en attente du vent au milieu des coteaux, un jour de printemps où le clapot même était sans force; un jour donc où nous étions venus là pour aborder la côte en baie de Trez où se trouve une passe pour gagner la mer des Gascons en évitant le tour du Nez, gagnant ainsi du temps sur l’Amiral pour le rejoindre après un repos qu’il ne voulait accorder. Les hommes étaient dans un état lamentable, leurs corps se traînaient sur le pont; dix jours de navigation dans la tempête les avaient mollis…

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Publié le 6 avril 2011 dans document DAO texte

Aux temps de la fleur et des épines - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2011

Croquant des oeufs comme le bon sauvage, à pleines dents et se réjouissant, il faisait bon en ces temps se lever tôt, accompagnant le jour venant mais encore pris par la nuit, au chaud et se restaurant en jouissant du parfum des choses et de son corps réveillé. C’était au temps de la fleur et quasi au printemps; les bêtes avaient le poil brillant et les oiseaux une voracité fantastique. On fournissait en graine et en fourrage pour les dernières fois, les granges étaient maintenant presque vides ; on s’occupait de les balayer et d’y entreprendre quelques réparations.

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Publié le 6 avril 2011 dans document DAO texte

Ainsi qu'il en est - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2011

La vie allait comme s’il sonnait des cloches, tristes mais d’une grande beauté et, sur ce fond, s’improvisait une mélodie complexe qui se simplifiait par ce qu’on aurait pu appeler « ce procédé ». On marchait dans des territoires boueux, en plaine hongroise si l’on veut, à la fin de l’hiver droit devant où le ciel changeant ne cessait de nous tirer.

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Publié le 6 avril 2011 dans document DAO texte

retrouner ?

Je me suis rendu compte que LE CONDUCTEUR était là : il avait jamais quitté le navire, il filait son sillage. À dix ans de distance il avait suivi le même personnage, l’avait repris de deux points de vue différents : une fois à Paris, une fois à New-York, dans les mêmes ivresses de haine sur lui, parmi toutes les raclures à réduire, à achever dans l’étouffement, .
Lui n’avait aucune importance ; il n’était que prétexte à écrire. Il était là sous deux noms différents mais c’était bien le même : le même manteau, le même faciès abruti. C’est comme si je lui avais tiré dessus par deux encoignures.
Je suis toujours satisfait de ça comme d’Épistaxis, ce texte qui est apparu tout d’un coup de nulle part, et qui venait en définitive se loger dans la Cosmologie, lancer une dérivation, un chapitre qu’on avait pas écrit, resté en blanc, un endroit oublié, une friche.
Ce CONSTRUCTEUR qui travaille en nous est toujours fascinant. Le diamant avait sauté au-dessus ce sillon manquant ; et le voilà aujourd’hui bien en place dans son ensemble gravé, grave.
La complétude : non. Il restera des tonnes de reprises par-tout : les misérables ont souvent des costumes rapiécés ; trop de carences, des caries ; idem en syntaxe, en apprentissage des beaux immeubles. Mais pas du manque. Ça on le laisse aux poètes astringents, à toutes les crevures de suivistes, aux bavards carrés qui ont plein du réel dans la gueule et qui disent qu’il lui faut des manques. Lacan aussi le disait et les archidiacres, tous les nantis que le manque fascine autant que les désastres et la pauvreté. Or le trou ne manque à personne ni de rien (dans l’Enfer de Coluche, les bouteilles ont des trous et les femmes n’en ont pas plus que le réel).
Mais du moins on a rangé ce morceau de bois, ce débris tombé de la raboteuse. Je l’ai replacé sous le Tas, sous la verrière de l’Atelier, parmi les autres madriers. Et surtout les autres petits bouts de ligots quelconques dont on faisait d’improbables sculptures, dans la sciure et le son.
On se disait : “Où est-ce que cette hémorragie va bien pouvoir nous entraîner ?” Qu’est-ce encore que cette foutue digression, quand c’est donc qu’on va finir par marcher droit ? Encore une façon de rien finir, de tout remettre (mais à qui ?)
Au contraire. Tout s’emboîte. Parfaitement. Alors pourquoi on irait réclamer d’être l’auteur ? Responsable civil, oui, ça, certes. Mais dans les fariboles, les fanfrelas, les guipures, tout cet amusement ?
Cette baudruche de Breton dans sa navrance qui voulait mettre son cachet sur l’inconscient, le légitimer. Ou Connard le Barbant qui voulait être roi du Port et qui passa (enfin !) un peu chez les fous, histoire de lui aplatir la bite qu’il avait déjà molle, aux neuroleptiques. Repris en maison de repros : là où on photocopie la dinguerie, gagné par sa diarrhée mentale.
Un auteur : l’autreu. Et sinon l’autruche. Qui triche.
L’Autre, avec un grand A, celui qu’on détestait le plus dans la Tribu (surnom populacier, rien à voir avec la psy), le salopard de l’étage au-dessous, qui nous préparait des embûches, précipitait le malheur. Il en a fait des petits morceaux, il a rancardé des misères, il en est responsable par bien des endroits.
Tant qu’on atteint pas à cette démesure ça n’existe pas.
Des figures aussi ont surgi dans l’envers de plusieurs dessins, les retournant, mais pas dans le sens historique de Kandinsky, plutôt dans celui de Tex Avery (retrouner ?). Menant une main étrangère, et reconnaissable à sa sagacité, à son soin dans les zones intermédiaires, créant des ponts et des passages, dans le ma.
O. N.

ndlr : pas de date

Publié le 31 mars 2011 dans billet

Compact de Maurice Roche - Édition en couleurs de 1997

Date du document : 25 Janvier 1995

Il s’agit ici de la première maquette des 85 premières pages composées par la maison d’édition La Petite École, qui a co-produit et co-édité avec Tristram la première version historique de Compact en couleurs tel que Maurice Roche avait souhaité pouvoir le réaliser depuis 1966. La conception graphique était de Anne Drucy.

Publié le 2 janvier 2011 dans document DAO texte

Chasse Duchamp - Chasse de Pâturage à moutons

Date du document : 2010

Dans un souci de scansion acupuncturale des campagnes, le collectif DAO a décidé à la suite des intempéries récentes de drainer champs, ruisseaux, canaux et sentiers de montagne. En réponse à l’urinoir urbain, on remarquera que la chasse, opérant une révolution complète, se retrouve parfaitement à l’endroit.

Chasse Duchamp

Publié le 28 novembre 2010 dans document DAO photographie

Pierre l’Hermitte - Ligne des Orphelins Colporteurs. Hiver. CM1

Date du document : 1980

Le texte qui suit ainsi que le pdf sont des états préliminaires et non définitifs.

NDLR. Imprégnation dans l’ombre des tableaux.

Tandis que le vent rabat la fumée de nos cheminées sur le ciel gris de neige et le fond des sapins, j’absorbe cette vue avec la même nécessité d’imprégnation que celle qui existe à partir d’un texte historique ou dans toute autre forme de récit. Seul le poème offre une plus grande succession fragmentée de climats ; la force d’incantation d’un poème comme “Les Chasseurs”, par exemple, est colossale et n’a rien à voir avec un jeu littéraire ou une astuce verbale.
Ainsi vont les rêveries d’un enfant au fond d’un grenier à partir d’archives familiales, ou les constructions historiques qu’on se fait, les histoires deux, ces curieuses imprégnations à partir des récits entendus en classe et des livres d’Histoire lus.
Grâce à ma maîtresse, Mlle Angélique j’ai ainsi pu assister à la Saint-Bartélémy en la replaçant autant à Saint-Michel qu’à Saint-Augustin, j’ai construit mes premiers récits de cape et d’épée et surtout j’ai participé à l’exaltation des Enfants Croisés qui sont venus me rendre visite la nuit.
Ils se situaient essentiellement du côté du Maucaillou ; tout le Moyen-Âge était là et rayonnait tout autour de la maison du bourreau jusqu’aux Halles des Capucins

*

Pierre L’Ermite & Robert Darbrisseau : les Vues
Pierre l’Ermite prépare la boucle métaphysique, ne cherche plus ce qu’il en serait du mal métaphysique comme avant lui les bandes de pélerins en marche contre les juifs d’Allemagne, anéanties par les Hongrois, avec leurs rares survivants sur la rive asiatique du Bosphore, les Croisades ne seront plus des guerres saintes pour des conversions forcées des infidèles ; à présent il fouille toujours l’énigme du monde mais du moins ne cherche plus à la résoudre ; il vise, comme les enfants qui sont venus habiter dans la petite maison avec lui (dans les marais cernant l’Abbaye Sainte-Croix d’où ils touchaient la dîme jusqu’à Soulac et la pointe de Grave avec les joncs, les dunes et les prés salés), au Nirvana, à l’inexistence, au vide, au monde blanc de l’absence d’objets ; il aspire à être un zéro, à une néantisation de la parole et surtout de son écriture de copiste et d’enlumineur dans La Petite Louverie, et dans ce repos des Dieux la petite fille se souvient de la cachette qu’elle avait sous l’escalier tournant de bois, du grand salon ouvrant à droite de la porte avec sa cheminée géante et ses carreaux de céramique simple à motifs blancs comme dans l’entrée ; en face : de la toute petite cuisine et du rebord de l’étroite fenêtre où ils avaient l’habitude de voler le gâteau en train de refroidir depuis le champ derrière, peu vaste, et pourtant déjà si fatiguant à faucher pour l’Ermite ; d’une débauche de la Pensée en mauvaise énergie autour de la myriade de poires mortes ; ils se souviennent de la salle de bains bleuâtre dans un renfoncement très humide (couche de plomb jamais mise contre tout ce mur du Nord, laissant les champignons proliférer ; dans la cuisine aussi), avec ses carrés de liège autour du miroir ; de la cruche penchante et du lavabo où elle n’avait pas le droit de sauter, petite, par risque d’arracher celui-ci, fragilement fixé au mur ; de sa porte donnant sur le garage où se trouvait la machine typographique à platine Effel, la Chrysler rouge, le sac de frappe, toutes les casses de caractères Garamond et Plantin, garage ouvrant largement sur le grand pré bienheureux d’aujourd’hui en fleurs avant Pâques où des bouquets d’oiseaux chantent et piailleront jusque tard dans la nuit en écoutant les voix d’Emily Dickinson au coffre secret, de George Eliot, la fille du charpentier, d’Elizabeth Browning… Au début, elle avait pensé que l’Ermite Loutier souhaitait imprimer un “journal d’enfermement”, le narrateur devenant de plus en plus fou - et radical dans son énoncé - jusqu’au crime de tuer le Destin et l’Indifférence, couple maudit, car il veut une constance, un monoton Kleinien ; il a toujours refusé que les siens meurent, il se ferait maffioso auprès de Dieu pour cela, il veut maîtriser le monde jusqu’aux moindres climats,
or voici le Loutier qui fait des philtres avec les foies :
article offert à chaque tête ! toutes les têtes
sont sur l’immense étal, les offres liées dessus ;
prédominance des rouges ; le serreux les range et les fait dormir
alignés dans la paille du grenier d’où le condamné à brûler
doit à tout prix se relever,
mais tout est clos ;
grosses perles à son front ;
abattre le loup-garou d’une balle bénite,
il le faudra ! soi-même vêtu de leurs peaux ;
un certain foulage de sauvagine à la nuit tombée ;
de ces façons funéraires…
mais qu’est-ce cette toison qui flambe
et ne s’arrache plus ? ! je courrai, je courrai
me jetant à la gueule des chevaux gabelous
excité par les faux sauniers, peut-être femme !

le loup apprivoisé dévore le manteau du Maître
sur sa charrette
(quantité d’argent de l’ouverture des chiens)
et le Maître en travers,
au soleil,
au jardin des Moines,
en ombres sur les trous des prés, tandis
que Messieurs les loups précités font concert : Madame
des Taillis du Taillan (ils en ont tué six,
mangé quatre et massacré dix) ; Monsieur
à la Croix de Majou, et les voix des louveteaux en chœur ;

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Publié le 7 novembre 2010 dans document Cosmologie Onuma Nemon texte