Joyelle

Date du document : 2005

Ce petit hommage sonore rend compte de l’importance de l’importance des Voix et des radios nocturnes pour la mise en place de la Cosmologie.

NDLR

Publié le 7 juin 2011 dans document Cosmologie Onuma Nemon son

Ascension 1971

Jeudi, jour de l’Ascension, des scorpions sont tombés sur le tatami dans notre Dojo place d’Italie : Tiao en a profité pour nous démontrer son balayage en cuillère avec l’un deux, puis en l’écrasant sur le sol. Par contre ce gros con de Perez a voulu finasser et faire le malin en jouant avec un autre, et il s’est fait immédiatement piquer le dessus du pied : depuis il hurle ! Le Samu est venu tout de suite (Tiao travaille avec eux) et ils l’ont transporté à Broca, je crois, bien qu’ils aient parlé de Cochin, pourtant beaucoup plus loin. Il est tellement pouffi de graisse que le poison pourrit ces endroits et qu’il va devenir noir-bleuâtre et enflé pour un bon trimestre comme la femme de ménage marocaine à qui c’était arrivé, mais qu’on plaint davantage.
Ce sont des scorpions redoutables d’Amérique du Sud ; leur corps est noir et les pattes et la queue plus claires, presques translucides ; ils viennent de l’entrepôt voisin d’agrumes où cette femme de ménage travaillait, et qui est fermé depuis plus de six mois pour faillite ; ils se sont infiltrés derrière les vestiaires par un angle pourri du plafond qui communique avec cet entrepôt.
Du coup tout le monde est devenu fou ; on en a écrasé plus d’une dizaine en soulevant tous les tatamis ; Marco en a trouvé un sous la cabine de douche. Les frères Ballducci, les corses, ont déniché une grande échelle qui traînait dans la cour d’à-côté et Rosas qui est maçon s’est empressé de boucher le trou avec des gants de cuir.
Lobstein ne veut plus revenir tant qu’on n’a pas fait déplacer le comité d’hygiène et de sécurité de la mairie.
Il y a un tel corps aussi à la Préfecture, a-t-il dit.

*

Tiao nous avait réunis pour des combats malgré le jour férié, et la question de la torsion du genou dans le mae-geri perforant avec tournoiement du pied à l’impact de Nambu a été ensuite abordée. On a beaucoup de médecins dans l’équipe qui le déconseillent : Tiao d’abord, puis en dehors de notre équipe le docteur Tibayrenc qui doit écrire un ouvrage sur les traumatismes du karaté et qui entraîne des gars de Centrale au Parc de Sceaux : c’est trop dangereux pour la rotule et les ligaments croisés. Ça n’offre pas du tout les mêmes garanties de verrouillage de l’articulation que le vrillage du tsuki de supination en pronation.
Marc Valleur qui s’entraîne pas loin à Corvisart et qui travaille plutôt à Sainte-Anne est du même avis ; par contre il a une technique de yoko à la fois perforant et vrillé par les hanches sur laquelle on devait travailler.
Tiao a enchaîné les katas du championnat de France.

Nguoc-Dang. Dimanche 23 mai 1971
(Journal de bord du club.)

Nguoc-Dang fait partie de ceux qui sont à l’origine de la Cellule Sabaki. Le docteur Michel Tibayrenc a publié entre autres “Karaté et Santé”, et sa thèse sur “Les méthodes d’entraînement du Karaté français actuel : traumatologie aigüe et chronique qui en résulte.” a obtenu le prix de thèse 1975 du Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports. Nambu et Tsukada lui ont servi entre autres de “cobayes” et il s’est rendu compte de certains développements “aberrants” mais efficacement positifs, notamment au niveau des articulations, pour beaucoup de budokas japonais plongés là-dedans sur toute une lignée.
Marc Valleur, psychiatre, qui avait assisté avec effarement aux cours de Lacan dans la chapelle de Sainte-Anne est devenu un addictologue réputé, chef de service à l’hôpital Marmottan de Paris et fondateur du premier service de toxicomanie pour cyber-dépendants. On peut lire de lui “Les Pathologies de l’excès”, “Toxicomanies”, “Le jeu pathologique”, etc.

NDLR

Publié le 5 juin 2011 dans billet

ARRABAL !

Il nous parle du baroque, de Fando et Lis, mais surtout de la pièce qu’on vient de monter dans notre café-théâtre : La Bicyclette du Condamné, qui est sa pièce la plus terrible, la plus proche de lui, la plus douloureuse à écrire. Il apprécie les décors de Castex, “noirs de charbon et de bombardement qui effacent les couleurs rusées”. Il détaille tous les canevas de sa pièce ; il insiste sur l’horreur de sa mère, de sa famille “comme une maladie”. À propos de sa “cabeza gorda”, il raconte l’anecdote de ce journaliste stupide qui lors de la représentation du Concert dans un Œuf à Sigma lui a demandé s’il écrirait les mêmes pièces s’il était aussi beau qu’Alain Delon ; il est emballé par toutes les recherches mathématiques des musiciens de Sigma ; il aime beaucoup les mathématiques, Marcel Duchamp et les échecs ; il a pensé à créer une pièce modifiable au fur à mesure par les spectateurs ; il trouve qu’on devrait plus utiliser le cinéma, le cirque et toutes sortes de projections sur la scène. Il ne connaît pas Gripari qui est déjà venu ici.

28 mai 1968
Françoise Labat

Françoise Labat a participé à la création du premier café-théâtre de province au sein d’un groupe dont faisaient partie entre autres Jean-Louis Froment, le graveur Pierre Barès et le décorateur Pierre Castex. En dehors d’expositions qu’elle y avait organisées, elle avait peint dans le lieu des “motifs préhistoriques”, réalisé des affiches et mille autre choses…

(Dans ce café-théâtre furent donnés des pièces d’Arrabal, de Gripari, de Tardieu, d’Obaldia, des montages poétiques autour de la Beat Generation, de Cendrars, d’Alain Montesse, etc.)

Son activité fut brutalement interrompue l’été 1991 où elle fut sauvagement assassinée par son compagnon togolais sous les yeux de leur enfant de cinq ans. Ce sinistre individu essaya de maquiller le crime en cambriolage en brisant une vitre, répandant la terre d’une jardinière, jetant un magnétophone dans les plate-bandes, faisant toucher sous un prétexte quelconque l’arme du crime par un voisin. Mais surtout il osa mentir à son fils en lui disant que c’était un coup du père Fouettard.

NDLR

Publié le 28 mai 2011 dans billet

Pr’Ose ! - Champ II. Extrait.

Date du document : 1969 et après

(Don Qui Domingo)
“Je ne vois personne. Rien n’est perdu.” selon Don Qui à l’agonie qui a vu “l_es endroits_” pour la dernière fois. Il avait dit : Personne, non, personne. Il lui reste l’Envers ; il observe les débarcadères. Contre le carat pur, sur le Port, Les porcs portuguais de l’usure nourris à la misère de Cuba Aux grains pourris dans l’eau de mer ; Et James, le marin enculé ivre qui a cru accoucher d’un garçon. Sur la rive pétales d’or arrachés avec du sang

Les Gras arrivent au-dessus des maisons des Quais, À hauteur de l’Esplanade des Girondins, (Claquement de vertèbres, mouvement rabaissant la tête au niveau du billot. Un détail, paille et clair, tout luisant des billets reçus, À la lettre, Le filigrane.) ;
Énormes Entre Nil et Tigre, Grosses Têtes flottantes du genre noirâtres, irrégulières de contour, un peu molles. Dont Arlequin avec son chien, Josué un peu épais qui égorge à tout va, Et l’Astronome illusionniste Qui cueille ses turquoises au Sinaï.
Donnez-nous tout sauf l’invendable ! Verreries et musiques, Bibelots, bimbeloterie… Vite, le Matin des Orgies ! Les Gras doivent être tirés de Naos vers l’Autel Et immolés !
La Messe des Gras le matin : Uniquement chier !
Leur point d’acmé, leur zénith, C’est la cagade de Midi, Jeux Floraux, Violette de fiente, Lys de merde ! Au-delà du jour : L’aboutissement de leur vie : Caguer le plus abondamment possible !
Détailler la nature des fèces, leurs strates, le feuilleté, la congruence, Le glaiseux ou le lisse, L’uniforme, le fragmenté ou l’éclaté, Le coulé simple, le diarrhhéique ou l’explosif, Celui aux senteurs retenues ou le puant atroce, L’aigre, le salin à relent sexué, Celui qui sollicite un appel vertébral Ou que gêne un embarras prostatique… Ils fumaient… l’encens s’élevait ! La vapeur infecte à l’élévation.
Parmi rituels : le déroulé du pécu Qu’ils poursuivaient tout le long de l’évacuation, Avec un rythme calculé, De sorte qu’à la fin La longueur du papier tiré coïncide avec l’essuiement correct du trou de balle. Puis ils envoient ça comme enveloppe à l’affranchissement des tripes, Paquet fourni tamponné par la chasse, Message noir destiné au Styx et à la Styxose !

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Publication : lekti.écriture

Publié le 24 mai 2011 dans document HSOR texte

Buenos-Ayres - Ligne de l’Oncle Aveugle

Date du document : 17 février 1982

Comme le réel jaillit sonnant et trébuchant d’une théorie qui est bonne, à présent l’Oncle Émilio est aveugle, sa grande œuvre ratée, malgré la drogue. Il ne peut demander à qui que ce soit d’autre de fouiller ni de chosir parmi les tonnes de manuscrits. C’eut été un travail impossible, même avec une quinzaine de collaborateurs.
Il aurait dû répartir les doses les plus fortes juste avant l’inscription ; la plupart du temps il s’était trouvé plutôt abattu qu’illuminé.
À présent il venait de s’allonger sur le divan de la terrasse, et le banc froid de poissons de l’air qui survenait aurait dû - c’est certainement cela - s’accomoder de la bombe précédente et tiède.
Avril serait bientôt là, bonne saison sans métaphore. Allers-retours de la terrasse au Parc, soupçonner les auras bourdonnantes des dernières lampes du kiosque, attentif aux lambeaux de musique. C’était l’heure où la marâtre devenait pommier devant la mare, avec cette bonté, cet éclat de la disparition propre aux choses les plus aventureuses.
“C’est à présent l’informel, se dit l’Oncle, ces siècles passés sous la peau de l’hiver et qui luisent. Z ! Riez ! Je fournis le champagne et toute la joie sans discontinuer, sans psychologie.”
Les piaillements n’avaient de cesse et les vibrements des mouches, ces corsetières au-dessous de l’ensommeillement… Faisant s’envoler son cerveau comme un ballon dans le jour gris de la Cordilière.
Il y avait toujours eu ce brouillage de la vue par le blanc d’œuf du monologue intérieur, mais aujourd’hui il avait beau tendre assidûment les doigts dans cette percée de l’air chaud à la recherche des joues rougies des filles comme des pommes chauffées au four, il ne lui restait même pas le cernement figural de l’objet au fond des méandres de la matière grise : son souvenir s’était également dissous tandis qu’il entendait chanter des travailleurs qui revenaient :
“Gars du Nord,
Pies et Porcs,
Poupées de Nuremberg,
Église !”
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Publié le 22 mai 2011 dans document Cosmologie Onuma Nemon texte

Enfants Croisés - Histoire Deux

Date du document : 1984

Quelques petits paragraphes autour des Enfants Croisés, semblables à ceux parus dans Quartiers de ON ! et faisant partie du volume Histoire Deux, à paraître.

Jacques
Jacques : « Robert le Diable s’est rendu aux nouveaux lieux, visitant la Grotte, la Colline et les Oliviers.
Il faut bien voir que nous n’avons pas besoin de l’estimation des Aumôniers, car nos pentes eschatologiques sont pourvues de rats et de pauvres, que nous allons vers Jérusalem massacrant les juifs (comme “Les Carabiniers” !) que nous pillons, violons, que nous sommes d’indicibles cohues de misérables éclopés, que nous traînons avec nous des reliques, d’incomparables fétiches, des survivances, à chaque fois définitives et toujours à renouveler, que nous avons autant soif de pillage que désir d’inconnu. Nous préférons la Croix et les emblèmes sacrés, mais nous ne renonçons pas à l’épée ; la liberté de nos crimes vient de leur absence d’agressivité, laquelle n’appartient qu’aux adultes ; la puissance de la violence immature est en nous comme elle traversera Jeanne dans deux siècles.”
Blanche : « Non, pas de Supérieur Général ! La Terre est devenue tératophile au moment de notre départ. L’Archevêque est venu avec tous ses crimes et ses curés patauger dans la mare, devant chez moi. Il a admiré les canards, sa robe couverte de merde. Il venait tous nous appeler avec mes frères, et nous consacrer en même temps : laboureurs, bergers et bergères, apprentie à la charpente comme moi ; il venait tous nous appeler à massacrer les Juifs, pour qu’on soit pas jaloux des Anglais avant d’être massacrés nous-mêmes. »
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Publié le 21 mai 2011 dans document OGR texte

Bataillon de poules rousses

L’urgence c’est les foins, à cause du manque d’eau. Et ces problêmes de débroussailleuse : “Le girobroyeur à deux pales recourbées est dangereux pour ce genre de tête fragile”, m’a dit le mécanicien ; mais pour les taillis d’arbousiers, de genêts et de ronces grosses comme des avant-bras au-delà de la source, je préfère ça au “trois couteaux” qu’il a refilé ; à tel point qu’il est impossible de remettre la main dessus ! Pas de champignons : le sous-sol est sec comme fin août. Et des cerises “pleines d’os” à cause du soleil trop vif “qui les a tarées”, disent-ils dans la vallée.
Arrivée pharamineuse d’un bataillon de poules rousses aux ébouriffés superfétatoires : pas de noires cette fois-ci. Dans l’humide petit matin, au-dessus de la vaste cloche de fraîcheur du marronnier dont la circonférence est désormais supérieure au volume de la maison, la plus vaste coupole des chants d’oiseaux répond aux psalmodies rigoureusement humaines des agneaux qu’on vient d’installer sur le coteau d’en face (la nuit ce sont les hurlements de femme qu’on égorge des blaireaux).
Très longue course de côte avec A. après les 15 jours d’intervall-training, d’endurance et de vitesse alternés. Ensuite katas au sommet du plateau sur les foins coupés, dégagement magnifique au-dessus des trois vallées. Puis descente à la course par le Grand Hêtre.
Du coup on a retrouvé les chiffres de Gilbert Descossy, le “Sculpteur buccal de chewing-gum” à ces moments où on devait faire des performances sportives ensemble (voir ici DAO). Il faisait de l’intervall-training par fractionnés de 100m en 15” : 2’ pour 800m. Il en tirait des conclusions sur son carré magique.
C’est lui qui avait organisé nos expositions en commun avec Lucerné et quelques autres. J’ai encore en mémoire la gravure de son ami sur “La fondation de Buenos-Aires”.
Il y avait aussi cette jeune artiste bavaroise qui se plaignait de n’avoir jamais joui de sa vie (“Le mot jouissance n’existe pas en allemand !”), mais qui mâchonnait du chewing-gum du matin au soir sans toutefois en tirer rien d’autre que des déformations de la machoire et de graves problèmes ligamentaires, ce qui lui valait d’être toujours fourrée chez son frère orthodontiste qui travaillait plusieurs fois par semaine là-dedans et reconstruisait ce qu’elle avait démoli. C’était une famille orale : le père ancien militant farouche des frontières de l’Est avait passé sa vie et l’avait perdue au mégaphone parce qu’un abruti apprenti électricien avait branché dessus le mauvais fil de la sono, et le mari qui avait repris le porte-voix ne souhaitait lui-même que d’exploser vociférant en pleine rue revendicatrice comme les cigales ou les cantaores flamencos de Lorca.
O. N.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Descossy

http://www.anversauxabbesses.fr/artistes/user/gilbertdescossyart

Publié le 20 mai 2011 dans billet