Roman - Tome Romanesque de Nycéphore

Date du document : 1968

On pourra lire ici le premier chapitre d’un des deux seuls Romans de la Cosmologie Onuma Nemon. L’autre, au titre imprononçable (“Phœnyx, Styx, X”), de 1969, fait partie du Tome de Nicolaï.
Il s’agit bien sûr d’un faux roman familial, mais dont les personnages, ces sortes de “Grosses Têtes” allaient donner naissance à une partie des Tribus de la cosmologie.
Dans le texte sur le Roman publié sur le site de “La Main de Singe”, Onuma Nemon présente les trois moments de la décomposition romanesque dans son travail. Le deuxième temps est celui de sa maladie et de son éparpillement : “Tuberculose du Roman”, recueil de nouvelles de 1972. Puis enfin “Je suis le Roman Mort” de 1991 qui se trouve aujourd’hui dans le premier temps du Chaos des “États du Monde” (condensation définitive de la cosmologie).
À l’origine il y avait eu le projet de composer un volume en regroupant ces trois temps. On lira la raison du choix de “Roman” seul dans “Paroles d’Auteur” du site des éditions Verticales ; on y trouvera également quelques explications quant à l’importance du parcours géographique dans Bordeaux.

“Roman” et “Tuberculose du Roman” ont été diffusés en “livraisons” par Tristram dans les années 90.
Avant cela en 1969-1970 il avait été unanimement refusé par tous les éditeurs auxquels il avait été adressé : de Gallimard à Minuit en passant par Bourgois et bien d’autres.
Isabelle Revay

1. Je suis né peu après la deuxième guerre mondiale dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux surnommé “La Flèche”, où la plupart de ceux qui n’avaient pas été exterminés par les bombes furent décimés, en particulier les enfants, par la famine, la tuberculose et le joyeux bataillon des maladies exotiques, depuis la malaria jusqu’à la “grippe espagnole”.
Avec mon père, qui était devenu vernisseur au tampon faute de mieux, nous franchissions tous les petits quartiers et villages dans l’Amilcar à la recherche de travail : Saint Michel, Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Nicolas, Saint-Bruno, Saint-Augustin ou Saint-Jean d’Yllac… Nous n’eûmes cette Amilcar qu’à la naissance de Didier, grâce à une invraisemblable générosité de l’abuelo (que notre haine surnommait l’Autre), qui pensait qu’on ne pouvait pas transporter un nourrisson sur la charrette à bras ; il garda dès lors cette dernière pour les seules livraisons en ville, et sur les pavés, ou aux alentours immédiats, mais ne proposa pas pour autant de nous réintégrer dans la maison familiale d’où le mariage de mes parents les avait chassés.
La recherche était souvent longue, et il finissait par faire froid sinistrement, dans la voiture ; nous nous arrêtions régulièrement dans la descente du bief de Bourran, avant le pont, chez des Ferrailleurs Gitans, que mon père connaissait, et qui lui indiquaient parfois des adresses de brocanteurs où il y avait des tables à revernir, des buffets à refaire, des portes à plaquer. Le chef de cette tribu avait acquis une réputation d’Hercule, le grand jour où il avait éjecté en désordre sur la rue cinq gendarmes à la fois venus inspecter son vieux camion gondolé !

Publié le 29 juin 2008 dans document OGR texte