Ligne des Escholiers Primaires - Trio des Enfants Malades. Nycéphore Automne

Date du document : 1984

C’était au début d’une journée furieuse et tragique d’hiver, que Nycéphore retrouva son quartier, l’une de celles où l’on ne peut rien déplacer, implacable, où l’on se trouve écrasé par le débordant bourdon des cloches qui viennent bruire dans notre cerveau sans aucun panache (contraires à l’enchantement qu’on en a gardé), et qu’on se trouve avec la plus grande indifférence dans un endroit désert ou peuplé. C’est dans cette froideur que Nycéphore trouva juste en face du marché des Douves dans la poubelle du cinéma des Capucins un petit carnet de travail contenant une foule de scénarios de courts-métrages qui avaient tous pour cadre cette rue et les rues voisines, dont la rue Jules Guesde. C’est dans ces mêmes poubelles que trente ans plus tôt en se rendant à l’École Guesde, lui et ses camarades venaient récupérer des chutes et parfois des bobines entières de film 35mm au rebut avec lesquels ils jouaient à recréer le mouvement par secousses du pouce et de l’index d’une main de la pellicule pincée entre l’index et le majeur de l’autre main. En descendant la rue Jules Guesde il atteignit l’allée de platanes cernant toute la place des Abattoirs et son autre école primaire (qui succéda à Jules Guesde après la fermeture de celle-ci), pour aller s’asseoir à la perpendiculaire sur le bord du Cours de la Marne face au Laboratoire de la Faculté des Sciences dans le froid matinal du seul savoir en cours liant présent et mémoire.

Publié le 18 janvier 2019 dans texte OGR