texte

Lincoln - Brouillon

Date du document : 1969

Publié le 16 Janvier 2013

On trouvera ici un extrait d'un ancien brouillon retrouvé dans un vrac HSOR.
NDLR
 
Lincoln
Premier Janvier 1863 : on commence par rire. On voulait sonner, secouer la bannière étoilée, Depuis l’embrasure de la porte, Le porche de l’esclavage par où les fils maudits de Noé sont entrés dans le Temple.
Évaluer le mal absolu au sommet du crâne : Border States avant les Border Line “Si on trouve dans une arche de verdure un paysage suffisamment complexe, On y reconstituera le temps.” dit Abe. À Richmond ! Au Bull Run ! On déplacera celle qu’on aime depuis le Nord jusqu’à Fredericksburg ; Stanton contre Cameron le taré. On s’inscrira dans une sociabilité sise de forêts profondes et de chasseurs gris. L’Anaconda ! Et le whisky Grant pour tous. Plus de ligne blanche encrassée et boueuse, Plus de glotte nouée, Plus rien que des silhouettes parmes de sang : un horizon remué. Savannah ! Savannah ! Destruction, pillage et saccage, mais très peu d’atrocités. Le soir est tombé, et pourtant on n’a rien fait pour ça, Sinon tenir le dernier quart d’heure.
*
On vivait au grand air, on pratiquait la chasse, la balançoire et la fellation.
Petit enfant, chien dans un Parc en avril, matinée fraîche : piments des moineaux, mésanges, pinsons. Chasseurs oreilles rouges de froid, casquette de laine noire : à la face bise glaciale.
Les accords mystiques résonnent.
Aujourd’hui éblouissement du soleil sur les flaques près des poubelles ; On vient de pendre un négrier à New York Dans la ruelle étroite de fabriques et de garages clos. Murs de parpaings noirâtres et fumée noire de la haute cheminée d’industrie bouchant le Soleil. Obsit Nemon !
Douglas “Teuf-Teuf” le paralytique dans un train spécial ; La nuit, il y a toujours un tas d’acier et de métaux ferreux près de la voie ferrée ; En approchant de Baltimore la Sécession devint électrique ; Dred Scott esclave libre n’était pas un citoyen. Noyau plus dense qu’un moyeu de jade. Sinon, après les hôtels, le mouvement humain par excellence reste ignoble. John Brown fut pendu ; Washington tuant Spartacus. Fort Sumter : le frémissement ! On a vu des diamants fondre de givre, en plein hiver ; Partout la montagne résiste à l’esclavage.

etc.
lire la suite…
 

Pemmy Noël - Contes, Nouvelles et Récits de Nycéphore

Date du document : 1976

Publié le 26 Novembre 2012

Il ne restait à la petite Pemmy, cachée au fond de la pièce des claies de jonc et de paille où s’égouttaient et sèchaient les énormes meules de fromages, qu’à énumérer tout le jour des listes face auxquelles elle se trouvait la nuit en rêvant, écrites sur un tableau noir comme la fortune de Chienfou :
Arrosoir               Chandeliers
Limbes                Flache
Poire                    Débridement
Horloge                Escargots de Chine
Orangée               Confetti
Asperges              Confiture
Rive                    Araignée
Encolure               Cachectique
Larix                    Sorcière
Bleue                    Ouais
Verruqueux           Morasse
Boîte                    Péjoratif
Dé                        Radis
Turquoise            Outrage
Quatre                Nus
Prélart                 Pécari
Unicorne             Corps
Entonnoir             Encre
Cobra                   Suint…
etc.

lire la suite…

Conte Court - Contes, Nouvelles et Récits de Nycéphore

Date du document : 1976

Publié le 26 Octobre 2012

Le Paralytique était stuporeux sur le bord : on boira toute l’eau de la piscine à son horrible avènement ; on va partir en Allemagne voir l’homme à l’oreille coupée ; la tache de lumière choit bêtement dans un bosquet dont les arbustes ont des reflets roses.
Une chose représente autre chose : soleil ou lampe ou bien la figure d’une femme de serf, sucrée et blanche, à peine molle, poupine, terriblement sensuelle ! Puis c’est le méandre des causes. Cantate, prairie, anémones sauvages en tapis, crescendos tragiques de cordes, puis vents.
Ma mère me dit toujours de faire attention aux fleurs de l’esprit. Sur le plâtre, sur les parquets creux et verts de moisissures : des animaux, des peintures… fond moral, peinture allégorique jolie et reposante abîmée nuit et jour. Trait formant un triangle gagné d’un cancer fou… estimation de perte progressive éclairée plus ou moins faiblement.

lire la suite…

O - (Cerveaux)

Date du document : 2000

Publié le 22 Octobre 2012

I. LE CHAOS

Aimantation
Autrefois je saisissais dans ma main les bombardiers vrombissants dont toute une armada noircissait le ciel au-dessus des fougères géantes, et je les remettais dans la rivière pour la peupler de poissons-chats, bombes olivâtres aux moustaches noires. La nuit le globe terrestre s’enflait à partir du bout de mon pied, corps et mappemonde échangeant leurs propriétés dans un trop-sûr de charogne et de mandarine. C’était bon !
Je me réveillais dans le bonheur des maisons de garde-barrière et de souvenirs divers et les futurs hypnotiques et cinglants s’ouvrant sur la voie ferrée. À Pâques, à la pointe du jour, on s’y levait dans les rameaux et les oracles. La permission était énorme dans la brillance de l’air lumineux. On ramassait les vipères, on réchauffait leurs œufs dans le sable, mais elle ne nous mordaient pas.
Je courais dans une jungle de dahlias, de fruits plus gros que des crânes et de légumes pendant parmi des lianes pour épier les derniers renards féroces. La seule vérité, c’était la bonté de l’opulence.

(lire la suite…)
*

O représente la dernière étape de la Cosmologie. Ceci en est l'état définitif.
NDLR

Avec Obstination - Texte de Joël Roussiez

Date du document : 2012

Publié le 28 Mars 2012

Ce portrait-là est rempli d’une description impeccable, d’une trame tellement recroisée dans ses traits de burin qu’elle échappe à elle-même ; et va se “répandre une volupté comme d'un lit défait... ”.
Elle est digne des portraits de femmes faits par Plossu, quelque chose de très attentif et de très rapide, une voyance en coin d’œil, un entrevu foudroyant, et d’autant plus précis que le regard n’insiste pas, n’écrase pas la personne considérée, elle incipit : “Elle commença son récit en baissant le visage sur son bol vide”. Ce n’est pas non plus la parodie de La vierge au bol en Thimotina Labinette : rien de caustique ni de cynique.
La première phrase pourrait venir d’un Chant de Maldoror : “Le rictus amer d'une femme étrusque au nez presque droit, les cheveux bouclés en masse le long de l'oreille cachée par des sortes de lauriers pour retenir la chevelure glissante ; un œil pour finir mais conquérant, voilà telle qu'elle m'apparut au lever du jour, passant devant ma maison, seule sur la route déserte et marchant.
Oh, oui certes, Roussiez est plein de vies et d’époques diverses, et plus ça va plus je crois (c’est-à-dire j’applaudis) à cette hantise des temps chez lui. On parle toujours dans les fictions et chez les parapsychologues de “vies antérieures”, et jamais des vies postérieures, or les époques apparaissant chez Roussiez sont des époques rabotées, devenues parfaites pour l’emboîtage et projetées en perspective ; Roussiez est un menuisier du temps. Son moyen-âge futur est un moyen-âge nettoyé. Peut-être que l’Éternel Retour c’est ça.
Avec obstination et douceur, cette description, effectivement, ce commentaire. “Je vous aime”, voilà ce qu’il dit, je vous aime. Scorsese ne dit pas ça, mais Cassavettes le dit, et Bruno Dumont, et Bernard Plossu.
On avance dans son texte qui ne sent pas le roussiez comme à travers les laies d’Un balcon en Forêt. Avec ces répétitions que le pseudo-pur styliste enlève mais que Gracq conserve en pierres de soutien latérales du chemin, car avec ça il fore, il avance, il troue la forêt dans ce grand vortex, cette spirale du temps.
O. N.


Avec obstination

(hommage à Krleza)

Le rictus amer d'une femme étrusque au nez presque droit, les cheveux bouclés en masse le long de l'oreille cachée par des sortes de lauriers pour retenir la chevelure glissante ; un œil pour finir mais conquérant, voilà telle qu'elle m'apparut au lever du jour, passant devant ma maison, seule sur la route déserte et marchant. C'est son profil qui me frappa et c'est pourquoi je me levai rapidement pour faire sa connaissance. Il était tôt et il ne fallait pas l'effrayer, aussi laissais-je mon chien filer au devant d'elle pour l'accueillir. « Mais pourquoi se rictus amer » lui demandais-je plus tard lorsqu'elle eut accepté un bol de café. « J'ai quitté des lieux sombres où le temps ne passait pas, la pourriture chaude m'a éloignée et je marche pour me défaire d'une sorte de boue... Je vivais dans une ville aux lourdes colonnes et aux temples sobres ; la vie y était sereine, tranquille, pétrie d'habitudes et de calme. C'était une vie sans calcul qui se déroulait comme il convient sans malheur excessif, ni joie intempestive. On y disait les paroles qu'il fallait : va donner aux poules et aux lapins, ou bien :  la vie n'est pas vaine qui s'accomplit chaque jour. Un beau jour on mourait et nous étions en deuil ; les cérémonies étaient courtes et sincères sans faste ni larmes abondantes... » Ses traits étaient doux et son regard puissant, les formes de son cou, de ses épaules et de ses bras, étaient rondes et agréables comme remplies d'une chair ferme et chaude qui venait sourdre de la peau et répandre une volupté comme d'un lit défait...


lire la suite…

Une soirée chez les Tristram - Entretien avec Brigida Gazapón

Date du document : 15 Mars 2006

Publié le 7 Mars 2012

Voilà donc longtemps que la rédaction de cet entretien était en attente de mise sur le Net, dans l’espoir de retrouver la version définitive et intégrale. Faute de mieux nous sommes partis de la bande enregistrée, qui comporte une partie inaudible et la fin effacée. L’original appartient à Brigida Gazapón qui a réalisé l’entretien et qui à l’époque s’occupait d’une petite revue en Argentine. Depuis elle est partie en Australie retrouver Lena et Miss Ross. Et plus aucune nouvelle. Si vous la croisez en “crawl-walking” dans la brousse en compagnie des kangarous chargés de répandre la bonne nouvelle de sa revue logée dans leur poche ventrale, parmi les dingos et les lapins excités, faites-lui signe de notre part, pour qu’on sache un jour de quel orage il s’agissait et quelle était la conclusion.
NDLR

La Mesure du Tombeau - (Hommage à Verlaine)

Date du document : 2012

Publié le 24 Février 2012

Ce texte aussi beau que du Gracq est du Travailleur Roussiez.
O. N.

La mesure des tombeaux

(hommage à Verlaine)

  Nous sommes auprès du tombeau et scrutons les alentours où il n'y a rien, rien d'autre que nous ici et nous le savons bien, puisque nous sommes venus dans cet endroit seuls. Nous n'avons pas souhaité être accompagnés, il nous semblait que c'était à nous de faire la démarche, d'y aller  nous-mêmes malgré la difficulté. Il a fallu traverser la plaine où guettaient des lanceurs et des piocheurs, il faut faire attention, nous a-t-on répété, lorsqu'ils te prennent, tu n'en a plus pour longtemps. Et nous avons répondu qu'on n'en avait de toute façon plus pour longtemps... Le tombeau est vide, il est fait en béton banché d'une seule pièce hors le couvercle qui est entreposé sur deux chevrons juste à côté. J'ai apporté mon mètre ruban, il faut mesurer le tombeau en longueur, largeur et profondeur, l'étude doit le spécifier. Pour mesurer la profondeur, il va me falloir descendre à l'intérieur... Je regarde les environs, il n'y a personne qu'une lande déserte de bruyères et d'ajoncs; un arbre court sur la gauche est si décharné qu'il ne peut rien dissimuler, un autre à trente mètres de même ; à côté se trouve une pierre assez grosse..., assez grosse pour cacher quelqu'un, je le pense et me le dis. Et puis je chante : des arbres et des moulins sont légers sur le vert tendre... Que faire, la crainte s'est insinuée en moi tout doucement alors que je chantais, elle est descendue et s'est emparée de quelques endroits, dans le ventre peut-être ou bien dans les épaules... Quelqu'un y guette quelque chose, c'est moi qu'il guette, je ne sais..., et s'il surgissait... Je tombe en rêve dans le tombeau que l'on bouche, personne ne m'entends plus, la lande est silencieuse... Descendre m'inquiète.

lire la suite…

Brouillons des Croisés - Vive la Rose-Croix !

Publié le 25 Janvier 2012

 Pas plus que le précédent, ce texte assimilable aux Croisés n’a été repris ni dans les États du Monde ni dans Histoire Deux, du Continent OGR. On y retrouve entre autres l'épouvantable Emicho.
Isabelle Revay
 
 
Qu’importe l’ordre des départs : Chaos, Cosmos, toute la merde ! D’abord des Faces pour des Visages ; (Haïssons pas les paillettes, tous feux éteints Avant l’Apocalypse, Ni les babillages de 18 mois, Attachants gazouillis d’emprunts.), Des Nombres pour créer des Peuples. Visages d’hommes libres sur des corps de femmes soumises Et vice-versa. Déex li volt.
Pierre l’Ermite et sa lettre déclancha tout (“Si Constantinople tombe, Tours aura été inutile. Les Turcs, peuple débile de tous temps…”) Puis Pierre retourna dégoûté à Constantinople.
Ceux-là criaient “Deus lo vult”, Inondés de sanquette, Affublés de fausses culottes, Singes ornés des maux des autres. C’est la tournée du Pape : Tours, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nîmes (La durée d’un accouchement.), Marchands ceints de peaux d’Artistes qui traversaient l’Apulie Pour aller lui gratter l’oreille, Eux moins que rien : l’ombre déportée d’autres ; Jaugez le peu dont il reste ! Prostituées payées du Saint-Père, Famine, lèpre, fièvres, peste et batailles… Pour ces sauterelles religieuses. “Rien, moins que rien : pourtant la Vie. La pierre est fraîche, la main tiède.” chantent-ils.
D’abord Al-Akim 1010, mauvais chiffre ; (Même Vivien n’y pourrait rien, Même Jean-Pierre.) La Rage qui touche, Blancheur qui pique au lieu du rouge qui tache ; Qui frappe vite et net, tue sur place, élimine frisettes autour du trou ; Le tsuki de la pensée en acte, Coup de poing redoublé sans appel de Bruce Lee & Kanazawa, Foudroiement épileptique de Dostoïevski, Zébrure visuelle de Virginia, Crise atomique du crâne au soir,
Lire la suite…

Pages