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Les Ennemis de Juan - La Tribu des Maigres Tendres. Trio Juan, Manolín, Norberto

27 Juillet 2014
Ce siècle avait vingt et un ans ; Juan réunit dès qu’il sut marcher les auteurs de ses jours dans un cauchemar commun : des fantoches en conjuration voués à sa perte.
Enfant, lorsqu’il était seul avec son père ou sa mère, il s’exprimait librement, mais dès que tous les deux étaient conjoints, c’était la méfiance, le doute, la contraction intérieure qui devenait une tétanie mentale. C’était une coalition, il ne pouvait plus rien dire de personnel ; il lançait des généralités comme un clou chasse l’autre. Parfois l’alerte disparaissait, il se sentait pleinement rassuré pour un temps très bref. L’absence de contradiction le fortifiait dans l’idée qu’il n’avait rien d’anormal. Sa mère, quand il partait en pension, lui confectionnait un plat qui devait lui faire plusieurs repas, et elle lui donnait des boîtes de conserve, d’huile, de sucre, de pommes de terre, etc. Et elle lui laissait de l’argent liquide pour s’acheter des magazines et des sucreries. C’est lui qui avait réclamé cet éloignement de la pension dont il n’y avait nul besoin, son école se trouvant dans le Quartier.
Dès sa jeunesse Juan avait appréhendé la cause de sa misère comme dûe à un complot de ses “ennemis de lisière”, comme il disait. Il en souffrit par paliers avant de devenir complètement inconsidéré. Un jour il aperçut un vêtement oublié sur un banc de la petite allée qui menait au jardin des Abattoirs tandis que deux buses traversaient son ciel ; il en conclut on ne sait quel pressentiment féroce, ainsi que de la vue de la villa abandonnée cimentée de moellons artificiels blanchâtres, à quelque distance de là, avec un cèdre grandiose au-devant ; il en retira la certitude d’une sorte de scansion impersonnelle comme des humeurs du monde, hors les mots.
L’Abbé Depardieu de Saint-Michel qui exerçait en même temps que le Père Bonnet l’avait attiré à lui, mais c’était celui qui s’amusait beaucoup à faire tournoyer les filles et dont on voyait le caleçon tandis qu’il tournait. Juan eut beaucoup de mal à s’en défaire et il connut alors des bouffées délirantes : les tentures de la sacristie en forme d’oriflammes rouges le poursuivaient partout ; il voyait se lever le bras armé de Saint Michel qui allait projeter sa lance au travers de son corps ; le sang du tissu rejoignait le sang qui sortait en bouillonnant de ses naseaux infectés, car il souffait de sinusites aiguës.

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L'Abbé Vincent - Les Maigres Tendres. José & Marie. Printemps

27 Juillet 2014

Le choeur des petits enfants chantait déjà, alors qu’ils étaient encore près de la cloison qui rougeoie du confessionnal. L’Abbé Vincent dirigeait l’immense cortège de la retraite de l’Immaculée Conception sous tous les platanes de la place ; c’était intense : toute la foule quittait l’église après avoir salué Saint Michel de bois et de bronze noir. Les seuls endroits calmes, ça a toujours été les cimetières et les monastères, même si on a du mal à savoir où en est vraiment le foyer, sur ces grandes dalles. Les églises, ça bruisse.

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Gloria - Les Maigres Tendres

20 Juillet 2014
En partant faire ses ménages et en quittant la rue du Port, Gloria éprouva une joie extraordinaire rue des Bénédictines, à cause d’une odeur inqualifiable qui lui fit lever la tête : elle vit des chemises colorées accrochées sur des fils, et elle découvrit le ciel en arrivant rue Saint-Benoit, elle s’accrocha à lui. Puis cette odeur disparut sous celle d’un potage en préparation.
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Didier - Pr’Ose ! Futur

06 Février 2014
Extrait de Pr’Ose ! Futur
NDLR 

(Didier)
Dans mon cerveau, avant la méningite, Le sein ne suffit plus ! Ajoutez-donc du lait écrémé, Touillez toute une vie à travers mon crâne : C’était ma voix, ce pays-là !
Neuf mois à peine ! Un mois d’été à Almogordo, Un mois claquant des cents de pigeons sur le fronton de zinc noir, Qui creusent les pierres sous leur bec. La bombe du Désert d’Alamogordo a explosé en moi ; Elle a cheminé cinq nombreuses années. (Le reste du temps, je suis mort.) Miracle (chose inespérée qui doit être) : Esquisses de sierra et ciel bleu.
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Décompte de la Faim - Contes, récits, nouvelles

04 Juillet 2013
Dans le jardin du château de Nuada, fumée s’élevant du sol et intelligence du bois (dans laquelle excédait Art), à l’abord d’un tas de vieilles tuiles et de rames brisées couvertes d’insectes morts, An Scamall s’est avancé, portant dans son cartable en peau de loup un pain fourré aux figues et des galettes de maïs parmi des carrés de porc cuit à la bière avec des noisettes. Et Sciathán Spota avec lui.
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Ce texte figure dans le recueil de Contes de Nycéphore, du Continent OGR. Il est tout particulièrement crypté selon la logique buissonnante de la mythologie celtique.
Les deux personnages Nuage de Son et Tache d’Aile, dont le nom est transcrit ici en gaëlique sont dans les États du Monde les enfants de René Mac Carthy, le petit-fils d’un des Quatre Grands Ancêtres (ou Chevaliers de l’Apocalypse), à savoir Auguste Mac Carthy.
On les trouve également dans une des pièces du Théâtre Lycéen.

NDLR

Lincoln - Brouillon

16 Janvier 2013
On trouvera ici un extrait d'un ancien brouillon retrouvé dans un vrac HSOR.
NDLR
 
Lincoln
Premier Janvier 1863 : on commence par rire. On voulait sonner, secouer la bannière étoilée, Depuis l’embrasure de la porte, Le porche de l’esclavage par où les fils maudits de Noé sont entrés dans le Temple.
Évaluer le mal absolu au sommet du crâne : Border States avant les Border Line “Si on trouve dans une arche de verdure un paysage suffisamment complexe, On y reconstituera le temps.” dit Abe. À Richmond ! Au Bull Run ! On déplacera celle qu’on aime depuis le Nord jusqu’à Fredericksburg ; Stanton contre Cameron le taré. On s’inscrira dans une sociabilité sise de forêts profondes et de chasseurs gris. L’Anaconda ! Et le whisky Grant pour tous. Plus de ligne blanche encrassée et boueuse, Plus de glotte nouée, Plus rien que des silhouettes parmes de sang : un horizon remué. Savannah ! Savannah ! Destruction, pillage et saccage, mais très peu d’atrocités. Le soir est tombé, et pourtant on n’a rien fait pour ça, Sinon tenir le dernier quart d’heure.
*
On vivait au grand air, on pratiquait la chasse, la balançoire et la fellation.
Petit enfant, chien dans un Parc en avril, matinée fraîche : piments des moineaux, mésanges, pinsons. Chasseurs oreilles rouges de froid, casquette de laine noire : à la face bise glaciale.
Les accords mystiques résonnent.
Aujourd’hui éblouissement du soleil sur les flaques près des poubelles ; On vient de pendre un négrier à New York Dans la ruelle étroite de fabriques et de garages clos. Murs de parpaings noirâtres et fumée noire de la haute cheminée d’industrie bouchant le Soleil. Obsit Nemon !
Douglas “Teuf-Teuf” le paralytique dans un train spécial ; La nuit, il y a toujours un tas d’acier et de métaux ferreux près de la voie ferrée ; En approchant de Baltimore la Sécession devint électrique ; Dred Scott esclave libre n’était pas un citoyen. Noyau plus dense qu’un moyeu de jade. Sinon, après les hôtels, le mouvement humain par excellence reste ignoble. John Brown fut pendu ; Washington tuant Spartacus. Fort Sumter : le frémissement ! On a vu des diamants fondre de givre, en plein hiver ; Partout la montagne résiste à l’esclavage.

etc.
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Pemmy Noël - Contes, Nouvelles et Récits de Nycéphore

26 Novembre 2012
Il ne restait à la petite Pemmy, cachée au fond de la pièce des claies de jonc et de paille où s’égouttaient et sèchaient les énormes meules de fromages, qu’à énumérer tout le jour des listes face auxquelles elle se trouvait la nuit en rêvant, écrites sur un tableau noir comme la fortune de Chienfou :
Arrosoir               Chandeliers
Limbes                Flache
Poire                    Débridement
Horloge                Escargots de Chine
Orangée               Confetti
Asperges              Confiture
Rive                    Araignée
Encolure               Cachectique
Larix                    Sorcière
Bleue                    Ouais
Verruqueux           Morasse
Boîte                    Péjoratif
Dé                        Radis
Turquoise            Outrage
Quatre                Nus
Prélart                 Pécari
Unicorne             Corps
Entonnoir             Encre
Cobra                   Suint…
etc.

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Conte Court - Contes, Nouvelles et Récits de Nycéphore

26 Octobre 2012
Le Paralytique était stuporeux sur le bord : on boira toute l’eau de la piscine à son horrible avènement ; on va partir en Allemagne voir l’homme à l’oreille coupée ; la tache de lumière choit bêtement dans un bosquet dont les arbustes ont des reflets roses.
Une chose représente autre chose : soleil ou lampe ou bien la figure d’une femme de serf, sucrée et blanche, à peine molle, poupine, terriblement sensuelle ! Puis c’est le méandre des causes. Cantate, prairie, anémones sauvages en tapis, crescendos tragiques de cordes, puis vents.
Ma mère me dit toujours de faire attention aux fleurs de l’esprit. Sur le plâtre, sur les parquets creux et verts de moisissures : des animaux, des peintures… fond moral, peinture allégorique jolie et reposante abîmée nuit et jour. Trait formant un triangle gagné d’un cancer fou… estimation de perte progressive éclairée plus ou moins faiblement.

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O - (Cerveaux)

22 Octobre 2012
I. LE CHAOS

Aimantation
Autrefois je saisissais dans ma main les bombardiers vrombissants dont toute une armada noircissait le ciel au-dessus des fougères géantes, et je les remettais dans la rivière pour la peupler de poissons-chats, bombes olivâtres aux moustaches noires. La nuit le globe terrestre s’enflait à partir du bout de mon pied, corps et mappemonde échangeant leurs propriétés dans un trop-sûr de charogne et de mandarine. C’était bon !
Je me réveillais dans le bonheur des maisons de garde-barrière et de souvenirs divers et les futurs hypnotiques et cinglants s’ouvrant sur la voie ferrée. À Pâques, à la pointe du jour, on s’y levait dans les rameaux et les oracles. La permission était énorme dans la brillance de l’air lumineux. On ramassait les vipères, on réchauffait leurs œufs dans le sable, mais elle ne nous mordaient pas.
Je courais dans une jungle de dahlias, de fruits plus gros que des crânes et de légumes pendant parmi des lianes pour épier les derniers renards féroces. La seule vérité, c’était la bonté de l’opulence.

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O représente la dernière étape de la Cosmologie. Ceci en est l'état définitif.
NDLR

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