OGR

Idéogramme X, Y - Maison Lulu. Idéogrammes dans la Neige

26 Décembre 2011
Maison Lulu est ce recueil de 1974 construit autour de l’Asile de Maître Jean (où traînent entre autres Tatie Marguerite, Fernande du Phœnyx et l’ignoble infirmière Ovarine…), et du Cimetière de la Chartreuse, entrée discrète du Pays des Morts. Le sergent Newton et le lieutenant Copernic sont là avec leur Thunderbird orangée, qui mènent l’enquête à propos des idéogrammes fourchus buissonnant à travers une grande partie du monde. Le premier chapitre en a été jadis publié dans la revue Le Grand Os n°2.
NDLR
Publication : Le Grand Os n°2
Idéogramme X, Y

Enfants Croisés - Histoire Deux

21 Mai 2011
Quelques petits paragraphes autour des Enfants Croisés, semblables à ceux parus dans Quartiers de ON ! et faisant partie du volume Histoire Deux, à paraître.

Jacques
Jacques : « Robert le Diable s’est rendu aux nouveaux lieux, visitant la Grotte, la Colline et les Oliviers.
Il faut bien voir que nous n’avons pas besoin de l’estimation des Aumôniers, car nos pentes eschatologiques sont pourvues de rats et de pauvres, que nous allons vers Jérusalem massacrant les juifs (comme “Les Carabiniers” !) que nous pillons, violons, que nous sommes d’indicibles cohues de misérables éclopés, que nous traînons avec nous des reliques, d’incomparables fétiches, des survivances, à chaque fois définitives et toujours à renouveler, que nous avons autant soif de pillage que désir d’inconnu. Nous préférons la Croix et les emblèmes sacrés, mais nous ne renonçons pas à l’épée ; la liberté de nos crimes vient de leur absence d’agressivité, laquelle n’appartient qu’aux adultes ; la puissance de la violence immature est en nous comme elle traversera Jeanne dans deux siècles.”
Blanche : « Non, pas de Supérieur Général ! La Terre est devenue tératophile au moment de notre départ. L’Archevêque est venu avec tous ses crimes et ses curés patauger dans la mare, devant chez moi. Il a admiré les canards, sa robe couverte de merde. Il venait tous nous appeler avec mes frères, et nous consacrer en même temps : laboureurs, bergers et bergères, apprentie à la charpente comme moi ; il venait tous nous appeler à massacrer les Juifs, pour qu’on soit pas jaloux des Anglais avant d’être massacrés nous-mêmes. »

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Le Vivant de Demain - Shijing

07 Novembre 2010
Texte paru dans le recueil collectif des éditions Verticales “Qui est Vivant ?” paru en février 2007.


À Jean Schatz, Président de l’École Européénne d’Acupuncture, et qui persiste chez les Morts.

Le génie du Cœur consiste à rester vivant.
La respiration une fois reprise, alors que le soldat Vincentelli vient d’écrire à sa petite fille dans la fougère fraîche et les campanules, il faut repartir courant de nouveau, barda au dos. Seule l’ivresse des fougères dans les petites lunules du dernier soleil ; cette contradiction digne de la quadrature du cercle : comment le soleil peut-il produire son contraire en quantités vibrantes.
À peine a-t’il fini qu’Oniès, Quiès et Boltès sont déja dans la pente, vive allure : toujours les mêmes à nous devancer que jadis, cuisiniers gorgés de la crême du veau blanc et rose, bondissant sur les rochers à pic, pami les merveilleux scandales du sperme d’automne.
(“Mon Papa, J’ai découvert le faux Corot de Dublin en même temps que Sennelier, les marchands de pigments d’ôcres purs et d’outremer luxueux, de belles toiles tendues pour le paysage et de beaux panneaux en tondo, Quai Malaquais, dans un désordre de craies sensibles.”)
Et Frantz Marc tué à Verdun le 4 mars 16 ! Avec lui meurent le petit cheval bleu et les trois chats. William Morgner meurt en Russie en août 17. Macke est tué sur le front de Champagne en septembre 1914. Avec lui disparaît Pierrot dans l’orage. Krichner tuberculeux et “dégénéré” se suicide en 1938.
Il lui a écrit “Je crois qu’il y a une roche du désespoir, qui n’a rien à voir avec les conflits en cours. On peut la meuler sans s’en rendre compte ici ou là, selon comme le météorite tourne, mais la douleur de la carie réapparaît violemment la nuit !”
Quand il est passé à Bruges, il lui envoya ce poème imprimé sur une carte de l’Hospice Saint-Jean :
“Bandelettes d’elle je veux
À l’avance
Vous que voulez, du vivant ?
Aïno,
Le quai de Saint-Pierre.
Je voulais d’elle, en débord.
Ah ! J’arrivais, j’étais bon !
Dors, dors, mon petit enfant,
T’es mort ;
Pourquoi ce bond dans mon corps ?”
Ainsi il déjouait la ruse du cauchemar où la mère alerte et panique l’enfant en craignant les pourceaux de son avenir, montée des monstres qui se révèle à l’oppression soudaine du Poumon, aux sursauts cardiaques !


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Intermède CH 3 - Tuberculose du Roman

03 Octobre 2010
Ce texte a été repris dans la partie Schola de l’Ourcq des États du Monde (Ligne des Escholiers Primaires. Ligne de Didier. Saison de la Terre. )

« Toutes deux sont aimantées par la clairière vers ce presbytère qui date d’avant la Révolution : CH. avec son hoquet sur le chaos de ses verbigérations, et L. Après un long piétinement autour du puits comblé de barreaux de chaises pris d’un désordre fourchu, cela nous semble un entassement au moins aussi insubmersible dans l’esprit amiral, une impossibilité esthétique de liens, de passages, d’adoucissements, que le vrac de notre arrivée dans cette situation. Notre rencontre à trois est aussi brute que cet hétéroclite-là, pensées de petits bois griffus et impraticables ; la parole qui aurait pu nous lier a fait défaut, et le hoquet monstrueux de CH. nous interdit toute tentative. Après le passage de la ligne de crête calcinée, nous nous sommes retrouvés au hasard des souffles des rues, puis au fond du couloir de la Vallée, dans les manies qui nous emportent, moi abruptement au bord de ces toutes deux viandes, qui ne sont pas sœurs. »

Le temps d’extase de la cantatrice, l’élancement des reins dans la reprise du morceau, la visite inattendue et bavarde, le vol de la claque dans les dorsaux de l’haltérophile et sa conséquence ici à plat, voilà qui est agréable à qui sait parler par métaphores.
Mais ce n’est pas dans cette sorte de roman absolu que nous abonderons, hélas !

États de veille. Radiophonie - Livre de Nycéphore

06 Juillet 2010
Texte destiné à la radio dont la seconde partie a été perdue (on a rajouté le commentaire de cette perte, pris ailleurs, à la fin).
Marc Bohor

états de veille 1969
(paysages aperçus sous les paupières)

I.
Désormais on prendra des bains de sable.
Tout d’abord des animaux familiers ; puis le paysage devient féérique sous des pluies d’étincelles, douces manières d’amusement, traversées de tombes aimables, pâleurs roses, chutes liquides, coussins fadasses. Plus au fond : crépitements rouges, apparitions d’or et de teintes pailles, fulgurations oranges, motifs crémeux, mosaïques de carreaux bientôt en décomposition ; puis ces ensembles sont bientôt soufflés par les courants d’air frais de la soirée malgré les dispositions équilibrées balancées de part et d’autre d’axes médians, eux-même rapidement délités, filant, et le tout est repris sous la lancée statique d’arcs-en-ciel, ensuite diffusés sous forme de voix, d’ondulations de sang, de poussière bleue, quantité invraisemblable de formes parmi lesquelles jaillissent des bulles d’or avec des sons stridents.

À présent ce sont des champignons avec des sillons comme enduits de pommade, des serpentins colorés qui traversent et balaient l’espace de l’œil à travers des tissements de brume.

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Henri & les Skyboys - Amères Loques, Livre de nouvelles de Nicolaï

30 Mai 2010
Henri et les Skyboys

Louis été déjà allé plusieurs fois à New-York avant d’avoir idée d’y faire venir travailler Henri ; il en avait même ramené des cartes peintes de deux anciens buildings, cartes toutes en hauteur de près d’une trentaine de centimètres sur dix à peine de large représentant l’Équitable Building et le Metropolitan Life Insurance Building.
Il était là au moment où les régiments de Noirs de Harlem combattants de l’Enfer s’engouffraient sous l’arc de triomphe près du Flat Iron, défilant de la 23ème à la 42ème en passant devant le spectaculaire rideau de pierres précieuses de Central Park tandis qu’un speaker fou dont la voix était diffusée par des haut-parleurs dans les rues vendait des appartements bucoliques de Queens à 150 000 dollars comme des petits pains. « Vendez-leur, disait-il, cet espoir des éléphants dans la ville qui renversent les bâtiments comme les acheteurs submergent les annonceurs ! » C’était avant que les Italiens chassent tous les noirs vers Harlem. Cole était là, et Georges aussi.
« Mon sang dans votre bouche, votre sexe dans mes veines : quelle chance ! Mes gestes réinterprêtés par votre corps. »
*

Ces textes ne font pas partie du choix opéré pour la publication du volume OGR chez Tristram en 1999. Ils ne sont pas placés ici dans l’ordre du volume définitif.
I. R.

Apothéose des Classeurs - Livre Poétique de Nycéphore 1964-1984 Poème n°36

23 Mars 2010
36. Apothéose des Classeurs

Je vois les Classeurs d’ici faire ;
Ce sont des guelfes, dont les palmes
Sont bleues ; armés de leur calame,
Ils sont bourreaux de Lucifer.

Macrobe est parmi eux ; Saturne,
Sénèque, et le vieillard Gaïus ;
Ils ont des formes de théâtre ;
Ils s’entretiennent tous les quatre,
Et parfois se lèchent l’anus.*

Ils classent de petites choses,
Des soucis, puis, de loin en loin
Des fragments, des gueules de roses,
Des nappes de sang, et du foin.

L’un d’eux, venu de Forêt Noire,
En Octobre, pour traverser
Sur l’arête, puis par la foire,
Vient ici pour tout renverser.

Un Autrichien gauche du Rhin
Exécute quelques calculs,
Pris d’assaut par des échecs nuls,
Reconnaissant qu’il n’est plus rien.

Classant soixante-dix couronnes
Du Un septembre Sept-Cents Quinze,
Les cahiers écrits par les Faunes
Sur leur méthode, et sur leur sinze.

Certains, aux clartés de l’Époque
Forment des spectres empoisonnés ;
Claudius est là ; voilà sonner
Les cloches, et pour Duncan les cloques !

etc.


Ce poème a déjà été publié en 1966 dans Saint-Michel & Saint-Augustin, un fascicule littéraire bordelais, puis dans les “livraisons” du Livre Poétique par Tristram-Dao dans les années 80.

Terre de Grogne - Livre Poétique de Nycéphore 1964-1984 Poème n°35

23 Mars 2010
35. Terre de Grogne

Les hommes dans les forêts tirent
Sur leurs caoutchoucs indécents ;
C’est bon comme le somme est bon !

Dans le glossaire de leurs veines
Levant une aile ensanglantée
Entre leurs deux très gros poumons.

Seules les races se fondront
Dans l’herbe en fin de matinée
Plus chaude et fourrée de soleil.

À l’instant, le seul givre n’est
Que cette tension souveraine
Nous embarassant de buées !

Quand s’allument toutes les plaines,
Grappes noires de sensations
En bas du chemin gras de boue,

C’est une lueur dynamite,
Un humanisme paysan
Pris d’une confusion humide.

Leur soupe de poireaux s’avale
Avec des cailloux sans couleurs ;
Inaltérables forces, bris.
*


etc.



Ce texte, jadis édité dans un version ultérieure plus longue (596 vers) par Tristram & DAO, dans la première partie du Livre Poétique qui faisait partie des “livraisons périodiques”, retrouve ici sa première version de 393 vers.
Il s’agit d’enfermer Dieu dans un cristal, une bouteille. La litanie produit une nappe de signifiance (plus qu’une musique) sans aucun sens nominal.
De la connotation pure sans aucune dénotation ?
Il y a des actions, même des héros, mais la question n’est pas là. C’est un bain incantatoire.
D’autres poèmes ont ainsi, à la façon japonaise, enclos quelques parcelles d’or dans une laque obscure.
Le but était pour certains lieux magiques détruits depuis (le Phœnyx d’Arlac, des passages secrets du Peugue et de la Devèze, le Grand entrepôt de Lescure…), de les sceller hermétiquement, quitte à les rendre définitivement incompréhensibles pour ceux qui ne les auraient pas connus (et qui de toute façons vont disparaître aussi), inaccessibles à jamais et lancés dans le vide pour un tournoiement infini jusqu’à ce qu’une machine à remonter le Temps surgisse.

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