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Projet de Plicalanyse

Publié le 19 Janvier 2018

Névrose, psychose et perversion ; valse à trois temps, variantes du négatif : déni, désaveu, clivage, dénégation, refoulement…
La place du discours par rapport à l’objet, la place du réel entre les blocs de discours, l’occupation de cette place plus ou moins publique par les Enfants et les Morts. Le réel au lieu des frisettes de langage, trou de Kim Carson ; langage obus meurtrier pour le canon lui-même et la cible, comme ces saloperies de “sous-munitions”. Puis la place du langage comme transformation des choses ; la rhétorique de nouveau cristallise en pensée. La place n’est pas un vide, malgré toute cette vulgate du yin et du yang, etc. C’est un plein !

Pietro Bodhisva

La Folie. II.

Publié le 2 Décembre 2017

La Folie II.
La Bande de la Folie-Méricourt tournait autour de Monique Charvet et d’Ermanno Krumm. Elle se réunissait la plupart du temps dans leur appartement.
Il y avait là Rio, Ariane, Mina, Laurence, Anna et Frédéric/Que, un hermaphrodite albinos. Chantal (dite Ophélie), s’y ajoutait de temps à autre sans vraiment faire partie de la bande, et Françoise avait plutôt des relations amicales privilégiées avec Monique.
Le groupe avait pris ce nom en partie parce que c’est au deuxième étage d’un vieil immeuble de la rue de la Folie-Méricourt que se situait l’appartement de Monique et d’Hermanno, dont les fenêtres donnaient d’un côté sur la rue, de l’autre sur la cour d’une école primaire. En partie aussi à cause du fait que ses membres passaient une grande partie de leur vie à Ste Anne, dans le “pavillon ouvert” Henri Rousselle.
Parmi les visiteurs de la rue de la Folie, je ne crois pas que Duault soit jamais venu, bien qu’il ait été proche à la fois d’Ermanno et de Borer. Borer y était venu au moins une fois, pour exposer sa théorie sur l’hylémorphisme, inspirée de Husserl et que je trouvais extraordinairement pratique, car elle permettait de classer toute l’histoire de la littérature en un quart d’heure.
À l’époque nous étions beaucoup à aimer les modèles mathématiques et les classifications, sans aller jusqu’aux algorithmes, bien qu’ayant “un papier et un crayon”.

À la Folie-Méricourt nous avons créé ce que nous appelions des Petits romans internes, c’est-à-dire dont les seuls protagonistes étaient les membres du groupe (repris dans une suite d’évènements les concernant), et destinés à eux seuls. Il y en a eu 11 en tout, si je ne me trompe, tous ronéotés dans le quartier.
Nous avions montré quelques-unes de ces réalisations à Roland Barthes un soir qu’il était venu souper à la Folie. L’idée lui avait plu ; il trouvait que c’était “une belle utilisation du minimum romanesque” et il nous avait longuement parlé de son propre idéal dans ce domaine.
Comme c’était à l’époque de son séminaire sur Brecht, Monique lui avait préparé du porc aux lentilles, qui était pour Barthes un des exemples de “l’aristocratie du goût avec des choses simples”, à propos de Mère Courage. Malheureusement Monique était assez expérimentale en cuisine, et Barthes avait dû lui expliquer les nécessités de la cuisson du porc ; les lentilles elles-mêmes étaient dures, et il n’y avait pas d’échalotte.
Monique s’est suicidée au bord de la mer au milieu des années 70 et Chantal peu après dans la Seine, persuadée d’un complot chinois la visant dans son quartier du Château des Rentiers, elle qui faisait des ménages pour payer sa crétine d’ analyste.
J’ignore si Ermanno Krumm avait récupéré tous les Petits romans. Il a en tout cas publié en dehors de sa collaboration avec Il Piccolo Hans et de ses recueils de poèmes, Le cahier de Monique Charmay, autre nom de Monique, qui devenait aussi parfois “la Reine des Hexagones Monions”, et lui a rendu généreusement hommage. Tous deux avaient également écrit en 1974 Tel Quel, un’avanguardia per il materialismo, et Monique a traduit beaucoup de textes de Verdiglione pour Tel Quel et pour François Wahl. Elle a écrit un beau texte du nom de D’Hors qui n’a pas été publié, mais qui a circulé, notamment grâce à Françoise Labat.
J’ai pour ma part repris des éléments de ces récits dans  Tuberculose du Roman (détruit), et dans la partie de la Cosmologie consacrée aux Orphelins Colporteurs, dont La Bande de la Folie-Méricourt fait partie

Il y eut beaucoup de séances de table tournante à la Folie-Méricourt, jusqu’à la nuit où la table nous échappa, se précipita sur Ermanno et faillit le faire basculer par la fenêtre pour le faire tomber deux étages plus bas dans la cour de l’école primaire dont on entendait régulièrement dans la journée les jeux et les cris joyeux.
Il y eut même ailleurs, dans une maison hantée, l’expérience faite par Monique de se coucher en travers d’un couloir où régulièrement on entendait les pas d’un revenant, et elle sentit distinctement de part et d’autre de sa poitrine, l’enjambement du mort.

 

O.N.

J. C. RADIO

Publié le 17 Juillet 2017

Jean-Claude Rondin est arrivé dans la station radio d’Aquitaine en 67, mais il s’y est vraiment établi en 1968, bien qu’il continuât toujours à faire des travaux quai Kennedy, notamment dans le cadre de l’Atelier de Création Radiophonique avec Alain Trutat, la seule grande oreille de la maison ronde. À Bordeaux, c’était sous la direction artistique de François Vercken, succédant à Charles Imbert, tous deux musiciens proches de l’avant-garde d’alors.
J’ignorais quels étaient les termes de son contrat, mais à Bordeaux il avait le titre d’assistant-réalisateur. Il travaillait à peu près exclusivement avec deux personnes très harmonieuses : Catherine Audemer, réalisatrice et Michel Hervé, un ingénieur du son nuancé et inventif.
Il me donna une édition confidentielle de ses poèmes, et j’en inclus plusieurs dans des émissions. Nous avons réalisé d’autres émissions ensemble, et il me demanda de travailler avec lui en 1968 sur une adaptation radiophonique de Moby Dick par Jean Thibaudeau. Pour cela nous nous sommes déplacés en particulier plusieurs fois à Lacanau pour enregistrer le fracas des vagues, là-bas énormes. Il refusait d’utiliser les innombrables disques d’illustration sonore.
Lui-même était passionné par la mer et hanté de représentations marines galloises, et il a créé ses propres dramatiques où il jouait le rôle d’un marin ébrieux exilé. Il aimait beaucoup Dylan Thomas et m’a fait découvrir des copies des radios de ce dernier.
J.C. Rondin voulait des choses précises quant aux bruits, mais ne faisait pas pour autant partie de “l’école vériste” des preneurs de son. Il y a eu toujours eu deux écoles dans la maison du quai Kennedy : celle des inventeurs faisant appel à des bruiteurs, comme l’extraordinaire Joe Noel qui produisait quantité de bruits avec sa bouche, ou Bertrand Amiel qui dans les années soixante transportait tous un monde de sons possibles dans un caddie de supermarché, à partir de coquilles de noix, de bouts de métaux, bouteilles, ficelles et autres.
Puis les véristes qui tenaient à descendre le micro dans une fosse lorsqu’il s’agissait d’un enterrement ; l’un d’entre eux réussit même à se blesser un jour en studio dans une dramatique où il y avait un duel à l’épée et où il avait tenu à exécuter personnellement une passe d’armes.
Cette même année du Moby Dick, nous avons élaboré tout un Théâtre Sonore, et mis en ondes une dramatique avec Catherine pour je ne sais quel prix… J’avais créé également deux petits univers graphiques pour Jean-Claude et pour sa compagne Bénédicte Bleton.

C’est grâce à Jean-Claude Rondin que j’ai rencontré la première fois Sarduy à Paris en 1971, avec lequel il réalisait une pièce radiophonique (sur les chutes et notamment la jonchée de la mariée, si je me souviens bien…).
Nous avons également fait des essais de spatialisation et de colorations de voix (à la façon de Youri Kurtag ?) à partir d’un gros volume, dit des Progrès. Et deux ans plus tard nous avons poursuivi cette série de travaux en studio à partir de voix de femmes.
Jean-Claude Rondin était bouddhiste ainsi que Bénédicte. Nous adorions tous deux la séquence de l’orage dans La Dolce Vita, où Alain Cuny fait entendre la foudre dans le salon avant de se suicider avec ses enfants.
À quelque temps de là Jean-Claude et Bénédicte se sont suicidés en accord avec leur croyance bouddhiste et j’ai accompagné leur cercueil sous la pluie, suivi par une dizaine de personnes dont leurs deux petits enfants, Delphine et David, qui avaient à peine une dizaine d’années.

Un Témoin


L'Analyse Catastrophée

Publié le 17 Juillet 2017

C’est en 1975. Cette femme à la figure ravagée, H. C., me parle de son travail actuel avec Michael Londsdale et de son analyse : elle représente pour moi l’analyse catastrophée, l’analyse qui fournit pratiquement le révolver du suicide, et qui représente à peu près toute l’œuvre de Marguerite Duras (laquelle a remplacé un canon par un autre).
Ce type d’analyse (éminemment sadique), butant sur une immense catastrophe sans espoir, s’est répandu comme de la poudre noire dans le milieu intellectuel des années 70, qui se sentait coupable de tout, depuis le culbutage de la bonne jusqu’à l’inceste avec la mère dans la salle de bains ou le fait d’avoir taillé des pipes à Mao. Et pourtant Leclaire avait déjà pris son heureux virage Zen, Lacan s’en sortait très bien en matière de liquide (mieux que Duras), et avec les impôts ; Kristeva avait collé de nouvelles paillettes romanesques autour d’une théorie défraîchie ; même si toutes ces têtes qui branlaient dans le manche avaient été envoyées paître depuis longtemps avec les moutons de la logique par la grande vague joyeuse du Deleuzisme triomphant.
Mais voilà : il lui fallait aussi des pauvres à l’analyse, du misérabilisme, des esclaves somatiques qui ne s’imaginent pas qu’ils allaient prendre à leur tour le fauteuil, des gens qui fassent des ménages pour tout savoir de leur désespoir avant de se jeter en Seine (en connaissance de cause !). C’est ça l’ob-Scène des Pauvres !
C’est ça qui fait la différence : un pauvre qui qui n’a pas exactement réalisé à quel point il est une merde (et ceci sans échappatoire : ni Colonies, ni Castelvin, ni changement de Classe), ne peut fournir un suicide cohérent. Claude Guillon fournit son Suicide, mode d’emploi également en hiver 1975.

Nous organisons alors (avec des ex d’une de ces nombreuses revues qui commencent par T. uniquement par suivisme), une exposition franco-russe (comme le dessert). Mais on pense plutôt à un désert : après Staline et ses fans, plus rien que du flanc. Ou du flanco-prusse, couleur lourde comme l’eau du même non.

Pietro Bodhisva

Chiens & Chats

Publié le 17 Juillet 2017

Dans le numéro de Mettray consacré à la lecture, Marcellin Pleynet pense que la plupart de ses prétendus lecteurs lisent comme des chiens.
Version pire, dans 1275 Âmes de Jim Thompson, tous les chiens de la terre réunis en congrés, sont condamnés à se sentir le cul jusqu’à l’éternité pour reconnaître le leur (se pencher, puis en déchiffrer les signes), depuis que la tempête a dispersé leurs trous de balle qu’ils avaient accrochés aux porte-manteaux par politesse pour qu’on ne sente pas autre chose que la fumée pendant les débats. (“Ce n’est qu’un débat, continuons le con bu !” Denis Roche)
À l’inverse, on pense au Portrait de l’artiste en jeune chien du fabuleux Dylan Thomas, à la lettre de Proust au chien de Reynaldo Hahn et à Proust disant qu’il ne pouvait écrire que quand il redevenait chien. Mais c’est d’un tout autre monde qu’il s’agit, spicilège des sensations décuplées, fraîches, ébouriffées, fruitives.
Puis Maurice surgit, du temps de la rue Henri Barbusse, avec les amies de la Folie-Méricourt, après la mort de Titigre ou de Tidyable (je ne sais plus), un de ses nombreux chats, qui lorsque j’arrive chez lui me dit tout à trac : « Tout de même, Marcellin Pleynet, il exagère ! »
C’était d’autant plus étonnant que Maurice aimait beaucoup Marcellin Pleynet et son écriture ; il faisait partie des très rares contre lesquels il ne pestait jamais. « Qu’est-ce qui se passe, Maurice ? — J’ai téléphoné à Pleynet pour lui demander ce qu’il faisait de ses chats morts… — Et alors ?
— Il m’a dit : “Moi je les fous à la poubelle.” Tu te rends compte ? À la poubelle ! »
Un Témoin

L’homme-Miroir Invisible

Publié le 4 Novembre 2015

Alexandre Bonnier, l’homme de la Mort Rose, avait rêvé d’un camouflage optique dans les années 70 ; il avait imaginé un vêtement fait de millier de miroirs qui permette à celui qui le porte de disparaître tout à fait dans le paysage. Curieusement il repensait à cela avant de disparaître lui-même, et il m’en reparla lors de l’enregistrement à la Maison de la Radio de Fraiseuse de Mots pour les éditions de La Petite École.

Et bien son rêve s’est réalisé en 2005 : la tenue existe, grâce à l’association de l’électronique et de la fibre optique. C’est le Département NCTRF (US Navy Clothing and Textile Research Facility) du centre américain de recherche Natick, qui a travaillé sur cette combinaison classée “défense” qui rend invisible l’homme qui la porte.

Il s’agit de milliers de mini-caméras cousues ensemble sur le vêtement qui filment tout autour du combattant, tandis que les fibres optiques qui composent sa tenue affichent l’image que verrait un observateur s’il n’y avait personne.

Le tissu se comporte comme un écran de téléviseur reproduisant en temps réel ce qui se passe derrière l’individu, mais également devant lui ou sur ses côtés. Quel que soit l’angle de vue où l’on se place, le combattant disparaît grâce à une illusion d’optique.

Jean-Claude Vogel

Toujours plus au Nord !

Publié le 8 Avril 2015

“Marie-Thérèse avait offert à Lili toute la bibliothèque du vieux, tout ce qu'elle voulait !… la porte à côté de son salon… je voyais ce que Lili avait pris… tout Paul de Koch… tout Murger… pour nous deux La Vigue du sérieux !… la Revue des Deux Mondes des soixante-quinze dernières années… la Vie des Astres par Flammarion… elles s'y étaient mises, toutes les femmes, gitane avec, pour nous les descendre, nous les arranger bien en ordre, par numéros, dates, que notre rond de tour prenne un petit air meublé, convenable… le drôle c'est que nous avons eu le temps de tout lire !… romans, essais, critiques, discours… il m'est donc permis d'affirmer, preuves à l'appui, que les rois, députés, ministres, profèrent toujours, décade en décade, les mêmes sottises… à peine ci, là, quelque imprévu… plus con, moins con…que les romanciers écrivent tourjours les mêmes romans, plus ou moins cocus, plus ou moins faisandés, pédés, mélimélo, poison, browning… à tout bien voir, garniture lianes de fortes pensées… Tallement suffit, compact, vous met tout, pognon, les crimes, l'amour… en pas trois pages… vous pouvez bien vous rendre compte que les critiques, une revue l'autre, ont toujours les mêmes doigts dans l'œil, manquent pas de se gourer absolu, du bout d'un siècle l'autre… raffolent que de la merde, tant plus que c'est nul plus ils se poignent… fols ! jaculent, fervents, ahanent ! à genoux !… les revues de fonds de bibliothèques sont toujours joliment actuelles… toujours le canal de Suez… toujours les vingt guerres imminentes !… toujours l'humanité qu'augmente… vous arrivez à plus rien lire, plus vouloir, plus savoir, tellement vous êtes très sûr du reste…”

Louis-Ferdinand Céline. Nord

Manifeste des Enguirlandés. Janvier 2000

Publié le 27 Octobre 2014

Pierre de Kernec-Malevouan.

Quand vint le Cap’tain’ d’eau douce, j’ai cru voir trottiner Gilles Martinet "missionné" contre la Rinascita, dans son costume trois-pièces, main dans la main avec sa petite perversion pâle et froide, ou bien entendre une citation de Lourau sur l’identification à l’institution. Faut croire que ce n’est pas mieux sous les vieux pavés de 68 ; la seule fois où j’ai entendu Sauvageot s’indigner de l’inculture des étudiants avec sa nouvelle coiffure, le cerveau peigné en arrière, je me suis ému de cette floraison de métanalyse par rapport à la propagande répandue par mes anciens profs barbus en velours, voire les plus mal assis, à propos de cette "vieille œuvre" jadis militante ; je préfère Paris-Roubaix dont on fêtera bientôt le centenaire. L’idée de "l’écriture" dans les Ecoles d’Arts est vraiment nulle ; ça doit sans doute être lié avec cette allure "vengeance des profs qui ont moisi longtemps dans les bahuts“ avant de nous faire payer nos excès de couleur ; on revient enfin à la restauration capitaliste, à une politique conceptuelle glaciale des "deux fusionnent en un" ; c’est peut-être aussi un des effets du révisionnisme moderne que le retrait vaseux de la vague de fond constituée d’énarques au lieu de la grande déferlante d’une élite intellectuelle désagrégeante ; on est dévoré entre les deux tranches du pain de mie universitaire et de la vieille croûte du secondaire. Heureusement on trouve encore ici ou là comme enseignants un veilleur de nuit, une dompteuse de fauves, un mathématicien fou, une lingère. Il y a un type vraiment génial à Quimper dont j’ai oublié le nom qui se balade justement comme un homme-sandwich avec sa force productive dans le dos : de la cochonnaille moulée en plâtre rouge sang ou couleur du pus, de la bile ; c’est une personne éthiquement irréfutable. On reconnaît dans ce vieux débat hélas la ligne mécaniste qui va s’imposer ; nous vivons tous le crépuscule des Beaux-Arts, mais ce serait étonnant que nous n’y soyons pour rien. La casuistique a encore de bons moments devant elle. Je suis né à Orchies en 1974, mais la plus grande partie de ma famille a péri à La Panne-Dunkerque le 27 mai 1940. C’est sans doute pour cela que je reprends "Le Poème Historique" ; il y a un grand projet en route qui s’appelle "Le Lai du Littoral". La théorie du signifiant en est venue à son absurdité de redondance dans les Ecoles d’Art ; Oulipiens ou Poliens ne sont que les mêmes resucées de lambeaux morts ; ils s’offrent de temps en temps une artiste mécanique qui danse le cha-cha-cha, mais c’est toujours la même pauvre parodie du temps en flux. Or, si nous voulons bien la langue, c’est plus son irradiation que ses isolexismes. L’état du délabrement vers la Banque Mondiale était visible dans cette émission télévisée "tenue" par l’une "des Ténardier", où Denis Roche, luttes et ratures du temps, était devenu aussi brave qu’un père Denis ou pire : poussah enflé et faux Zola, tant il avait ravalé ses insultes ; dommage, c’était le seul à vraiment creuser ; Du Bouchet le bien nommé, dernier avatar de la "poésie blanche" dont Deguy est le tabouret étymologique savant et Duault la doublure, nous précisait, avec quel cahier définitif il hoquetait quelques bribes dans les chemins noisetiers, tandis que tel autre de vergé à pontuseaux visibles, recueillait l’ineffable, qui, comme on le sait, tombe toujours avant la feuille et ne dépose jamais, même s’il est cité à la barre. Le seul à garder net son point de vue était Prigent, bon poète, même si rien d’exaltant n’était échangé, et même s’il se borne dans sa théorie à reproduire du faux Deleuze et du Néo-Kristeva qui ne dit pas son nom, comme Muray. Le zappeur téléthique sautait, sur une autre chaîne dans la version hystérique d’une communauté du Montana où l’on s’étonne que Joël-Peter Shapiro ne réside pas encore pour y faire des conférences sur Yang Hsien-tchen ; tout écrivain de ce pays de libérateurs où le steack est toujours saignant est forcément tout à la fois charpentier, boxeur, écrivain de "gothics", et théoricien, sauf le pollack qui traînait par là par erreur, lui s’étant senti obligé d’être "original et indépendant", mais surtout sinistre, ce qui ne vaut guère mieux et ne sort pas de l’enclos de la métaphysique occidentale habituel. Je ne crois ni à ce steack ni à ce pemmican. Plutôt à un lyrisme ayant bénéficié des formalismes précédents en moyens d’investigation, comme le cinéma ne se réduit pas aux photogrammes ; c’est sans doute une illusion de jeunesse ! Il y a tout de même Jean-Michel Michelena, qui ne croque pas du Jésus déshydraté, Richard Sieburth condensateur d’enigmes avec une jouissance de satori, Verheggen, tout de même, qui reste le seul au niveau de Cravan sans faire garçon de café du dadaïsme attardé, et surtout Bernard Manciet, qui a la chance extraordinaire d’un vrai moyeu de jade de langue condamnée, improbable et totalement inusitée, et peut ainsi jouer librement des muscles de l’alegría, puis, enfin et surtout, dans ce même paysage mental, Gérard Arseguel, dont l’essai de "Home Poetry" vaut mieux qu’un art poétique à lui tout seul, parce que c’est un championnat de réticence.


Paru dans le N°1 des Enguirlandés, Éditions de La Petite École.

Janvier 2000.

Ceci n’est pas une Pipe !

Publié le 17 Juillet 2012

Est-ce Public Image Limited et Lydon qui m’ont appris quelque chose de nouveau sur Michel Foucault ? Non.
Un Lindon Chasse l’Autre
J’ai été heureux une seule année à l’école, et récemment d’apprendre grâce à Lindon que Michel Foucault avait attrapé le sida dont il était mort en taillant une pipe sans protection à un étudiant aux États-Unis. Plus encore que Samir Nasri quand Raymond Domenech a perdu son travail. C’est vrai que la face du monde en eut été changée s’il s’était fait enculer sur un tabouret en lisant Ce qu’aimer veut dire, de Lindon (ouvrage bourré des anecdotes autour des écrivains tellement délicieux qui fréquentaient les éditions de pâpâ), ou telle autre variante de posture.
Il est ravi nous sommes ravis vous êtes ravis ils sont ravis, Passé composé j'ai été ravi tu as été ravi il a été ravi nous avons été ravis vous avez été ravis… (Est-ce du Quint-Âne ? Non, ce serait plutôt : “J’ai été contente.” et “J’étais contente.” C’est du pur Net.)
On apprend aussi que Foucault n’était pas un second père. Ouf !

Cela est aussi passionnant que les souvenirs d’enfance dudit Lindon ou jadis le texte Enculade comme si vous y étiez, paru aux mêmes éditions de Minuit, de Denis Jampen, bien connu ici à Nantes (Burroughs revu francité mièvre, urine de banlieue et zone de lisière), ou que les détails de la diététique de Robert Matzneff, obsédé par le tri sélectif des moins de seize ans.
C’est la plus belle vision qu'on puisse avoir de l’œuvre de Foucault, qui resterait sans cela absolument incomprise, et on ne peut plus aprocher le génie de Naissance de la Clinique sans cette clé. De ce fait l’ouvrage Ceci n’est pas une pipe ! de 1973 (l’année du texte de Jampen), s’en trouve illuminé a posteriori !
C’est quelque chose d’essentiel et pas du tout d’ordurier, ni de proche de ce qu’aurait pu écrire Minute ou dire Jean-Marie Le Pen. Non, C’est la Pine ! C’est vraiment, ressenti, profondément. C’est du Connan vrai breton. Humain, pédagogique, descriptif, narratif, incisif, physiologique, aussi bon qu’Amélie Nothomb.
J’espère qu’avec l’accélération et l’amplification des moyens numériques et leur possiblité du reportage en direct, nous pourrons assister à l’agonie de Mathieu Lindon : s’il se faisait tout à coup empaler de force, il aurait le réflexe de nous retransmettre ça en direct en branchant son portable ; il nous donnerait immédiatement ses sentiments jusqu’à la dernière seconde, que l’on connaisse à vif son intériorité grâce à cette morsure par l’ourlet. Quel enseignement, quel prestige ! Et la littérature en sortira grandie, encore une fois.
J. F. Inlande. Nantes.

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