À revoir les attentats du 11 septembre à l'occasion de leur commémoration : toujours la même sidération, malgré le fait d'avoir vu et revu ces images des milliers de fois et malgré l’épaisseur des médias, la connerie des speakers, etc. : le mille-feuilles aurait-il gardé la crème de l’émotion immédiate du crime à cause de la symbolique millénariste et du jamais-subi dans une Amérique intouchable ?
C’est inaugural, comme Christophe Colomb et comme l’Hombre sans Homme d’Hiroshima ou comme l’émotion ressentie au surgissement vif d’une saison qu’on célèbre (l’automne, en particulier), dans un lieu où elles sont particulièrement “tranchées”. Sagesse de l’émotion.
En réalité ça ne vient pas de ça mais de l’incarnation de l’horreur, d’être renvoyé par le film au regard des passants, à leur visage horrifié, d’entendre le “Oh ! My God !”, de voir la course éperdue et tâtonnante du filmeur… Puis grâce à l’efficacité du calcul médiatique de Benladen (les 17 minutes entre l’attaque de la première et de la deuxième tour ayant permis de bénéficier de l’arrivée d’équipes professionnelles), ces réactions sont d’autant plus sensibles et rentrent d’autant plus dans le champ de la compréhension. On reçoit en direct le décalage entre la vision et la compréhension, comme lorsqu’on assiste à un accident dont on est partie prenante.
Autre chose remarquable : la beauté du couple Obama. Ça se distingue, chez les gouvernants. Ils font aussi fort que les Kennedy, comme on dirait dans Ciné-Monde (ou dans Le Figaro, ou Le Nouvel Observateur ou Libé, puisque c’est désormais la même idéologie).
Sûrement que les Tours sont devenues la scène inaugurale pour certains comme le film d’Abraham Zapruder le fut pour De Lillo (qui du reste a écrit également L’Homme qui tombe.)
Sans chercher à s’interroger sur les 111 jours qu’il reste avant la fin de l’année, la Onzième arcane du tarot, c'est La Force : l’âme qui dompte un lion, dirait l’ami Vivien Isnard, au moins aussi numérologue et astrologue que peintre.
Le 12 c’est le renversement du Pendu, et c’est aussi L’Homme qui tombe. Et pour le 13, c’est-à-dire demain et L’ombre du Mat, on se réservera la lecture de Vendredi 13 de Goodis, même si ça par malchance ça tombe un mardi, en attendant des divertissements nucléaires pour faire mieux que l’exploit de trois mille morts grâce à une fourchette.
O. N.
10 sept. 2011
Amours Chiennes de Maucaillou ?
Belle surprise ce matin en revoyant le film Amours Chiennes ! d’Innáritú. (Mexique. 2000.), qui m’a fait penser lointainement à votre façon de construire Crampes, le recueil sur les Gitans que vous m’aviez donné à lire à propos du texte de Foucault paru dans Les Cahiers* sur La Vie des Hommes Infâmes.
Y compris l’exergue à propos de l’oubli. (“À Luciano. Parce que nous sommes aussi ce que nous avons perdu.”)
Le film est construit par contiguïtés, comme Short Cuts, jusqu’à l’accident qui fait coexister les différents types et milieux sociaux jusque là dans des continents séparés. Il rassemble des existences contingentes et séparées dont le seul moment de nouage est un accident. Et, aussi curieux que ce soit, les lignées qui précèdent l’accident se défont à la suite de celui-ci pour retomber en simples lignes. Une seule fois ce n’est pas une lignée se refait, mais une tribu qui se forme, transversale : le père retrouve sa petite fille après des années en prison, une vie de guerillero puis de mercenaire, comme les chiens tueurs, les chiens de combat sous l’emblème duquel le film est placé. Sinon tout y est : Abel et Caïn, les deux frères prêts à se descendre. Là-dedans, tout le monde s’entre-déchire.
Et les deux de l’apothéose finale (chien noir & guerillero) sont les pires. Pas les pères. Ce film est l’histoire d’une métamorphose du guerillero en père sauvage et du chien Coffee au chien Noir. Mais ce n’est pas l’apothéose du père ; c’est une transformation contingente en dehors de la famille : comment grâce au sang versé refaire des liens frais, neufs. Il ne sagit pas de revenir à un “Bien” forcément précédent, et qu’on aurait quitté.
C’est après avoir agonisé que le chien noir renaît, toujours aussi meurtrier, sauvé par le mercenaire, égorgeant ses chiens : ce qu’il avait de plus cher après sa fille. La leçon est là : c’est faute de chiens que le père retrouve sa fille.
J. F. Martin. Bordeaux
Note* : Il s’agit des Cahiers du Chemin.
17 août 2011
Débarqué à Fluelen, arrivé à Altorf, le manque de chevaux va me retenir une nuit au pied du Bannberg. […………]
Demain, du haut du Saint-Gothard, je saluerai de nouveau cette Italie que j’ai saluée du sommet du Simplon et du Mont-Cenis. Mais à quoi bon ce dernier regard jeté sur les régions du midi et de l’aurore ! Le pin des glaciers ne peut descendre parmi les orangers qu’il voit au-dessous de lui dans les vallées fleuries.
[…………]
D’Altorf ici, une vallée entre les montagnes rapprochées, comme on en voit partout ; la Reuss bruyante au milieu. À l’auberge du Cerf, un petit étudiant allemand qui vient des glaciers du Rhône et qui me dit : « Fous fenir l’Altorf ce madin ? allez fite ! » Il me croyait à pied comme lui ; puis apercevant mon char à bancs : « Oh ! tes chefals ! c’être autré chosse. »
[…………]
Le nouveau chemin du Saint-Gothard, en sortant d’Amsteg, va et vient en zigzag pendant deux lieues ; tantôt joignant la Reuss, tantôt en s’écartant quand la fissure du torrent s’élargit. Sur les reliefs perpendiculaires du paysage, des pentes rases ou bouquetées de cépées de hêtres, des pics dardant la nue, des dômes coiffés de glace, des sommets chauves ou conservant quelques rayons de neige comme des mêches de cheveux blancs ; dans la vallée, des ponts, des cabanes en planches noircies, des noyers et des arbres fruitiers qui gagnent en luxe de branches et de feuilles ce qu’ils perdent en succulence de fruits. La nature alpestre force ces arbres à redevenir sauvages ; la sève se fait jour malgré la greffe : un caractère énergique brise les liens de la civilisation.
Chateaubriand 17 août 1832
À Altdorf, à la pointe méridionale du lac des Quatre-Cantons qu’on a cotoyé en vapeur, commence la route du Gothard. À Amsteg, à une quinzaine de kilomètres d’Altdorf, la route commence à grimper et à tourner selon le caractère alpestre. Plus de vallées, on ne fait plus que dominer des précipices, par-dessus les bornes décamétriques de la route.
Rimbaud 17 novembre 1878
Soutenu en l’air par des murs le long des masses graniteuses, le chemin, torrent immobile, circule parallèle au torrent mobile de la Reuss. Çà et là, des voûtes en maçonnerie ménagent au voyageur un abri contre l’avalanche ; on vire encore quelques pas dans une espèce d’entonnoir tortueux et tout à coup, à l’une des volutes de la conque on se trouve face à face du pont du Diable.
Ce pont coupe aujourd’hui l’arcade du nouveau pont plus élevé, bâti derrière et qui le domine ; le vieux pont ainsi altéré ne ressemble plus qu’à un court aqueduc à double étage. Le pont nouveau, lorsqu’on vient de la Suisse, masque la cascade en retraite.
[…………]
L’ancienne route du Saint-Gothard, par exemple, était tout autrement aventureuse que la route actuelle. Le pont du Diable méritait sa renommée, lorsqu’en l’abordant on apercevait au-dessus la cascade de la Reuss, et qu’il traçait un arc obscur, ou plutôt un étroit sentier à travers la vapeur brillante de la chute.
Chateaubriand 17 août 1832
Avant d’arriver à Andermatt, on passe un endroit d’une horreur remarquable, dit le Pont-du-Diable, - moins beau pourtant que la Via Mala du Splügen, que vous avez en gravure.
Rimbaud 17 novembre 1878
Au village de l’Hospital commence la seconde rampe, laquelle atteint le sommet du Saint-Gothard, qui est envahi par des masses de granit. Ces masses roulées, enflées, brisées, festonnées à leur cîme par quelques guirlandes de neige, ressemblent aux vagues fixes et écumeuses d’un océan de pierre sur lequel l’homme a laissé les ondulations de son chemin.
Chateaubriand 17 août 1832
Puis commence la vraie montée, à Hospital, je crois : d’abord presque une escalade, par les traverses, puis des plateaux ou simplement la route des voitures. Car il faut bien se figurer que l’on ne peut suivre tout le temps celle-ci, qui ne monte qu’en zigs-zags ou terrasses fort douces, ce qui mettrait un temps infini, quand il n’y a à pic que 4 900 d’élévation, pour chaque face, et même mins de 4 900, vu l’élévation du voisinage. On ne monte plus à pic, on suit des montées habituelles, sinon frayées. Les gens non habitués au spectacle des montagnes apprennent aussi qu’une montagne peut avoir des pics, mais qu’un pic n’est pas la montagne. Le sommet du Gothard a donc plusieurs kilomètres de superficie.
Rimbaud 17 novembre 1878
Il y avait jadis, sur le Saint-Gothard, un hospice desservi par des capucins ; on n’en voit plus que les ruines ; il ne reste de la religion qu’une croix de bois vermoulu avec son Christ : Dieu demeure quand les hommes se retirent.
Chateaubriand 17 août 1832
Une ombre pâle derrière une tranchée : c’est l’hospice du Gothard, établissement civil et hospitalier, vilaine bâtisse de sapin et pierres ; un clocheton. À la sonnette, un jeune homme louche vous reçoit ; on monte dans une salle basse et malpropre où on vous régale de droit de pain et fromage, soupe et goutte. On voit les beaux gros chiens jaunes à l’histoire connue. Bientôt arrivent à moitié morts les retardataires de la montagne. Le soir on est une trentaine, qu’on distribue, après la soupe, sur des paillasses dures et sous des couvertures insuffisantes. La nuit on entend les hôtes exhaler en cantiques sacrés leur plaisir de voler un jour de plus les gouvernements qui subventionnent leur cahute.
Rimbaud 17 novembre 1878
Sur le plateau du Saint-Gothard, désert dans le ciel, finit un monde et commence un autre monde : les noms germaniques sont remplacés par des noms italiens. Je quitte ma compagne, la Reuss, qui m’avait amené, en la remontant du lac de Lucerne, pour descendre au lac de Lugano avec mon nouveau guide, le Tessin.
[…………]
J’ai passé de nuit Airolo, Bellinzona et la Val-Levantine : je n’ai point vu la terre, j’ai seulement entendu ses torrents. Dans le ciel, les étoiles se levaient parmi les coupoles et les aiguilles des montagnes.
Chateaubriand 17 août 1832
La route est en neige jusqu’à plus de trente kilomètres du Gothard. À trente k seulement, à Giornico, la vallée s’élargit un peu. Quelques berceaux de vignes et quelques bouts de prés qu’on fume soigneusement avec des feuilles et autres détritus de sapin qui ont dû servir de litière. Sur la route défilent chèvres, bœufs et vaches gris, cochons noirs. À Bellinzona, il y a un fort marché de ces bestiaux. À Lugano, à vingt lieues du Gothard, on prend le train et on va de l’agréable lac de Lugano à l’agréable lac de Como. Ensuite, trajet connu.
Rimbaud 17 novembre 1878
On a ici une parfaite illustration de l’hallucination comme méthode chez Rimbaud : il est reçu dans un hospice déjà détruit du temps de Chateaubriand. À moins qu’il ne soit déjà dans un voyage au pays des morts.
Me S.
et quelque temps plus tard un digne Rimbaldien, assassin de cette baudruche de Wagner, sur cette ligne qui va du Gothard au Simplon (6 jours de marche) :
Voyage merveilleusement réussi. Je n’oublierai pas cette ascension jusqu’à la neige, au col du Simplon, sous le soleil d’août, ni cette arrivée dans une petite auberge du Jura, dans la nuit, en plein orage (les éclairs illuminaient les croix du cimetière), et, dans la petite mansarde boisée avec son fauteuil de velours rouge, la voix de M. me réveillant : « J’ai peur… — De quoi as-tu peur ? — De tout ! » Et cette halte entre Florence et Bologne, à la nuit tombante, le chant continu des grillons, une cloche suspendue dans la brume… Et la promenade dans les ruines d’Ostie, la villa San Michele, le moine du cloître de Fiesole !
Jean-René Huguenin Jeudi 10 Août 1961, Paris.
15 août 2011
J’ai vu les poules d’eau privées ; j’aime mieux les poules d’eau sauvages de l’étang de Combourg.
François-René de Chateaubriand. Mémoires d'Outre-Tombe III. 15 août 1832
11 août 2011
Hyacinthe a l’habitude de copier, presque malgré moi, mes lettres et celles qu’on m’adresse, parce qu’il prétend avoir remarqué que j’étais souvent attaqué par des personnes qui m’avaient écrit des admirations sans fin ou qui s’étaient adressées à moi pour des demandes de service. Quand cela arrive, il fouille dans des liasses à lui seul connues, et, comparant l’article injurieux avec l’épître louangeuse, il me dit
« Voyez-vous, monsieur, que j’ai bien fait ! »
François-René de Chateaubriand. Mémoires d’Outre-Tombe III. Note du 11 août 1836 à propos de lettre à Madame Récamier du 18 mai 1831
05 juin 2011
Jeudi, jour de l’Ascension, des scorpions sont tombés sur le tatami dans notre Dojo place d’Italie : Tiao en a profité pour nous démontrer son balayage en cuillère avec l’un deux, puis en l’écrasant sur le sol. Par contre ce gros con de Perez a voulu finasser et faire le malin en jouant avec un autre, et il s’est fait immédiatement piquer le dessus du pied : depuis il hurle ! Le Samu est venu tout de suite (Tiao travaille avec eux) et ils l’ont transporté à Broca, je crois, bien qu’ils aient parlé de Cochin, pourtant beaucoup plus loin. Il est tellement pouffi de graisse que le poison pourrit ces endroits et qu’il va devenir noir-bleuâtre et enflé pour un bon trimestre comme la femme de ménage marocaine à qui c’était arrivé, mais qu’on plaint davantage.
Ce sont des scorpions redoutables d’Amérique du Sud ; leur corps est noir et les pattes et la queue plus claires, presques translucides ; ils viennent de l’entrepôt voisin d’agrumes où cette femme de ménage travaillait, et qui est fermé depuis plus de six mois pour faillite ; ils se sont infiltrés derrière les vestiaires par un angle pourri du plafond qui communique avec cet entrepôt.
Du coup tout le monde est devenu fou ; on en a écrasé plus d’une dizaine en soulevant tous les tatamis ; Marco en a trouvé un sous la cabine de douche. Les frères Ballducci, les corses, ont déniché une grande échelle qui traînait dans la cour d’à-côté et Rosas qui est maçon s’est empressé de boucher le trou avec des gants de cuir.
Lobstein ne veut plus revenir tant qu’on n’a pas fait déplacer le comité d’hygiène et de sécurité de la mairie.
Il y a un tel corps aussi à la Préfecture, a-t-il dit.
*
Tiao nous avait réunis pour des combats malgré le jour férié, et la question de la torsion du genou dans le mae-geri perforant avec tournoiement du pied à l’impact de Nambu a été ensuite abordée. On a beaucoup de médecins dans l’équipe qui le déconseillent : Tiao d’abord, puis en dehors de notre équipe le docteur Tibayrenc qui doit écrire un ouvrage sur les traumatismes du karaté et qui entraîne des gars de Centrale au Parc de Sceaux : c’est trop dangereux pour la rotule et les ligaments croisés. Ça n’offre pas du tout les mêmes garanties de verrouillage de l’articulation que le vrillage du tsuki de supination en pronation.
Marc Valleur qui s’entraîne pas loin à Corvisart et qui travaille plutôt à Sainte-Anne est du même avis ; par contre il a une technique de yoko à la fois perforant et vrillé par les hanches sur laquelle on devait travailler.
Tiao a enchaîné les katas du championnat de France.
Nguoc-Dang. Dimanche 23 mai 1971
(Journal de bord du club.)
Nguoc-Dang fait partie de ceux qui sont à l’origine de la Cellule Sabaki. Le docteur Michel Tibayrenc a publié entre autres “Karaté et Santé”, et sa thèse sur “Les méthodes d’entraînement du Karaté français actuel : traumatologie aigüe et chronique qui en résulte.” a obtenu le prix de thèse 1975 du Secrétariat d'État à la Jeunesse et aux Sports. Nambu et Tsukada lui ont servi entre autres de “cobayes” et il s’est rendu compte de certains développements “aberrants” mais efficacement positifs, notamment au niveau des articulations, pour beaucoup de budokas japonais plongés là-dedans sur toute une lignée.
Marc Valleur, psychiatre, qui avait assisté avec effarement aux cours de Lacan dans la chapelle de Sainte-Anne est devenu un addictologue réputé, chef de service à l'hôpital Marmottan de Paris et fondateur du
premier service de toxicomanie pour cyber-dépendants. On peut lire de lui “Les Pathologies de l’excès”, “Toxicomanies”, "Le jeu pathologique", etc.
NDLR
28 mai 2011
Il nous parle du baroque, de Fando et Lis, mais surtout de la pièce qu’on vient de monter dans notre café-théâtre : La Bicyclette du Condamné, qui est sa pièce la plus terrible, la plus proche de lui, la plus douloureuse à écrire. Il apprécie les décors de Castex, “noirs de charbon et de bombardement qui effacent les couleurs rusées”. Il détaille tous les canevas de sa pièce ; il insiste sur l’horreur de sa mère, de sa famille “comme une maladie”. À propos de sa “cabeza gorda”, il raconte l’anecdote de ce journaliste stupide qui lors de la représentation du Concert dans un Œuf à Sigma lui a demandé s’il écrirait les mêmes pièces s’il était aussi beau qu’Alain Delon ; il est emballé par toutes les recherches mathématiques des musiciens de Sigma ; il aime beaucoup les mathématiques, Marcel Duchamp et les échecs ; il a pensé à créer une pièce modifiable au fur à mesure par les spectateurs ; il trouve qu’on devrait plus utiliser le cinéma, le cirque et toutes sortes de projections sur la scène. Il ne connaît pas Gripari qui est déjà venu ici.
28 mai 1968
Françoise Labat
Françoise Labat a participé à la création du premier café-théâtre de province au sein d'un groupe dont faisaient partie entre autres Jean-Louis Froment, le graveur Pierre Barès et le décorateur Pierre Castex. En dehors d’expositions qu'elle y avait organisées, elle avait peint dans le lieu des “motifs préhistoriques”, réalisé des affiches et mille autre choses…
(Dans ce café-théâtre furent donnés des pièces d’Arrabal, de Gripari, de Tardieu, d’Obaldia, des montages poétiques autour de la Beat Generation, de Cendrars, d’Alain Montesse, etc.)
Son activité fut brutalement interrompue l’été 1991 où elle fut sauvagement assassinée par son compagnon togolais sous les yeux de leur enfant de cinq ans. Ce sinistre individu essaya de maquiller le crime en cambriolage en brisant une vitre, répandant la terre d’une jardinière, jetant un magnétophone dans les plate-bandes, faisant toucher sous un prétexte quelconque l’arme du crime par un voisin. Mais surtout il osa mentir à son fils en lui disant que c’était un coup du père Fouettard.
NDLR
20 mai 2011
L’urgence c’est les foins, à cause du manque d’eau. Et ces problêmes de débroussailleuse : “Le girobroyeur à deux pales recourbées est dangereux pour ce genre de tête fragile”, m’a dit le mécanicien ; mais pour les taillis d’arbousiers, de genêts et de ronces grosses comme des avant-bras au-delà de la source, je préfère ça au “trois couteaux” qu’il a refilé ; à tel point qu’il est impossible de remettre la main dessus ! Pas de champignons : le sous-sol est sec comme fin août. Et des cerises “pleines d’os” à cause du soleil trop vif “qui les a tarées”, disent-ils dans la vallée.
Arrivée pharamineuse d’un bataillon de poules rousses aux ébouriffés superfétatoires : pas de noires cette fois-ci. Dans l’humide petit matin, au-dessus de la vaste cloche de fraîcheur du marronnier dont la circonférence est désormais supérieure au volume de la maison, la plus vaste coupole des chants d’oiseaux répond aux psalmodies rigoureusement humaines des agneaux qu’on vient d’installer sur le coteau d’en face (la nuit ce sont les hurlements de femme qu’on égorge des blaireaux).
Très longue course de côte avec A. après les 15 jours d’intervall-training, d’endurance et de vitesse alternés. Ensuite katas au sommet du plateau sur les foins coupés, dégagement magnifique au-dessus des trois vallées. Puis descente à la course par le Grand Hêtre.
Du coup on a retrouvé les chiffres de Gilbert Descossy, le “Sculpteur buccal de chewing-gum” à ces moments où on devait faire des performances sportives ensemble (voir ici DAO). Il faisait de l’intervall-training par fractionnés de 100m en 15” : 2’ pour 800m. Il en tirait des conclusions sur son carré magique.
C’est lui qui avait organisé nos expositions en commun avec Lucerné et quelques autres. J’ai encore en mémoire la gravure de son ami sur “La fondation de Buenos-Aires”.
Il y avait aussi cette jeune artiste bavaroise qui se plaignait de n’avoir jamais joui de sa vie (“Le mot jouissance n’existe pas en allemand !”), mais qui mâchonnait du chewing-gum du matin au soir sans toutefois en tirer rien d’autre que des déformations de la machoire et de graves problèmes ligamentaires, ce qui lui valait d’être toujours fourrée chez son frère orthodontiste qui travaillait plusieurs fois par semaine là-dedans et reconstruisait ce qu’elle avait démoli. C’était une famille orale : le père ancien militant farouche des frontières de l’Est avait passé sa vie et l’avait perdue au mégaphone parce qu’un abruti apprenti électricien avait branché dessus le mauvais fil de la sono, et le mari qui avait repris le porte-voix ne souhaitait lui-même que d’exploser vociférant en pleine rue revendicatrice comme les cigales ou les cantaores flamencos de Lorca.
O. N.
Je me suis rendu compte que LE CONDUCTEUR était là : il avait jamais quitté le navire, il filait son sillage. À dix ans de distance il avait suivi le même personnage, l’avait repris de deux points de vue différents : une fois à Paris, une fois à New-York, dans les mêmes ivresses de haine sur lui, parmi toutes les raclures à réduire, à achever dans l’étouffement, .
Lui n’avait aucune importance ; il n’était que prétexte à écrire. Il était là sous deux noms différents mais c’était bien le même : le même manteau, le même faciès abruti. C’est comme si je lui avais tiré dessus par deux encoignures.
Je suis toujours satisfait de ça comme d’Épistaxis, ce texte qui est apparu tout d’un coup de nulle part, et qui venait en définitive se loger dans la Cosmologie, lancer une dérivation, un chapitre qu’on avait pas écrit, resté en blanc, un endroit oublié, une friche.
Ce CONSTRUCTEUR qui travaille en nous est toujours fascinant. Le diamant avait sauté au-dessus ce sillon manquant ; et le voilà aujourd’hui bien en place dans son ensemble gravé, grave.
La complétude : non. Il restera des tonnes de reprises par-tout : les misérables ont souvent des costumes rapiécés ; trop de carences, des caries ; idem en syntaxe, en apprentissage des beaux immeubles. Mais pas du manque. Ça on le laisse aux poètes astringents, à toutes les crevures de suivistes, aux bavards carrés qui ont plein du réel dans la gueule et qui disent qu’il lui faut des manques. Lacan aussi le disait et les archidiacres, tous les nantis que le manque fascine autant que les désastres et la pauvreté. Or le trou ne manque à personne ni de rien (dans l’Enfer de Coluche, les bouteilles ont des trous et les femmes n’en ont pas plus que le réel).
Mais du moins on a rangé ce morceau de bois, ce débris tombé de la raboteuse. Je l’ai replacé sous le Tas, sous la verrière de l’Atelier, parmi les autres madriers. Et surtout les autres petits bouts de ligots quelconques dont on faisait d’improbables sculptures, dans la sciure et le son.
On se disait : “Où est-ce que cette hémorragie va bien pouvoir nous entraîner ?” Qu’est-ce encore que cette foutue digression, quand c’est donc qu’on va finir par marcher droit ? Encore une façon de rien finir, de tout remettre (mais à qui ?)
Au contraire. Tout s’emboîte. Parfaitement. Alors pourquoi on irait réclamer d’être l’auteur ? Responsable civil, oui, ça, certes. Mais dans les fariboles, les fanfrelas, les guipures, tout cet amusement ?
Cette baudruche de Breton dans sa navrance qui voulait mettre son cachet sur l’inconscient, le légitimer. Ou Connard le Barbant qui voulait être roi du Port et qui passa (enfin !) un peu chez les fous, histoire de lui aplatir la bite qu’il avait déjà molle, aux neuroleptiques. Repris en maison de repros : là où on photocopie la dinguerie, gagné par sa diarrhée mentale.
Un auteur : l’autreu. Et sinon l’autruche. Qui triche. L’Autre, avec un grand A, celui qu’on détestait le plus dans la Tribu (surnom populacier, rien à voir avec la psy), le salopard de l’étage au-dessous, qui nous préparait des embûches, précipitait le malheur. Il en a fait des petits morceaux, il a rancardé des misères, il en est responsable par bien des endroits.
Tant qu’on atteint pas à cette démesure ça n’existe pas.
Des figures aussi ont surgi dans l’envers de plusieurs dessins, les retournant, mais pas dans le sens historique de Kandinsky, plutôt dans celui de Tex Avery (retrouner ?). Menant une main étrangère, et reconnaissable à sa sagacité, à son soin dans les zones intermédiaires, créant des ponts et des passages, dans le ma.
O. N.
ndlr : pas de date
15 mai 2010
Joli petit village où le nom importe peu des œuvres mais où la vigueur de certains pays est reconnaissable. Ainsi ce beau bouddha chinois de Huang Yong Ping (Intestins de Bouddha 2006), bois sculpté éventré, dont les tripes de soie grise déroulées dans la pièce sont en train d’être dévorées par des vautours naturalisés ; ce quadriréacteur immense d’osier, rotin et bambou tressés de Cai Guo-Qiang (Bon Voyage 10 000 collectables from the airport 2004) qui nous surplombe dont les réacteurs figurés par des ventilateurs font flotter des sortes de queues de cerf-volant, et où sont fichés dans la carlingue à claire-voie parmi quelques ampoules blafardes ciseaux, cutters et tous instruments tranchants multicolores confisqués à l’aéroport par crainte d’un attentat terroriste. Ou bien encore le considérable réservoir d’eau de de Louise Bourgeois comme on en trouve au sommet des immeubles à New-York et dans les grandes villes, bâti de bois devenu demeure magique à l’entrée des collections permanentes avec ses fioles et ses peaux transfigurantes à l’intérieur, et qui tient la place qu’occupait jadis une immense table ronde de bois brut faite par un artiste chinois célébrant les droits de l’homme et la concorde des pays.
Le futurisme : ses jouissances de couleur jusque dans ses erreurs mêmes, quel enseignement d’utopie ! La Bataille de lumières de 1914 de Joseph Stella de la fête folle de Coney Island où l’on pourrait reconnaître les peintures de foire et de bord de cirque de l’autre Stella récent, aussi sculpteur que peintre ; Boccioni, splendeur simultanéiste, pénétration des rues et de ses cris dans la maison et du cosmos dans la peinture, Malévitch, exaltation suprématiste et cacophonie entre des paysans atrocement mal dessinés et des carrés parfaits dont le mélange est cependant d’un enseignement salutaire !
À côté de cela la collection Daniel Cordier, les Réquichot, les Michaux mélangés à l’Art nègre et et pris dans les tissus océaniens, comme perdus pour deux rombières que cela exaspère de ne pouvoir les reconnaître et ne sachant plus quelle étiquette revient à qui. Plus loin deux jeunes chinoises qui photographient les zizis corrects de leurs compatriotes installés dans des caisses sur une immense photographie en couleur, puis s’arrêtent un long instant sidérées par le beau noir (et blanc bonnet sur la tête) de Mapplethorpe dont l’énorme queue pend entre les jambes comme une pompe à essence.
Tout cela tellement drôle à côté des machines étiques de Duchamp, de l’austérité de sa machine à café ; ce pauvre Marcel, le Duchamp du singe. On en a connu des courtiers comme lui, aux Champs-Élysées et ailleurs, de noble famille, descendants impressionnants des Monet-Desynge par alliance, ici et là. Pop ! Ils papillonnaient puis disparaissaient, allant faire fortune dans un autre pays, abandonnant leurs engagements.
Duchamp, sinistre incestueux n’a jamais fait que monnayer son insertion de force dans l’Histoire de l’Art comme un coin de vertu ou de torture, une feuille de vigne femelle.
Quelqu’un l’a dit mieux que moi : celui qui a été frappé dans son corps pour arrêter de marcher, ce fut Rimbaud, et pas Duchamp, qui n’a fait semblant de disparaître que pour être au mieux dans le marché, un excellent courtier de ses œuvres et l’historien de ses dérobades.
Roulements ridicules, même par rapport aux Picabia à côté, pauvres rouages qu’on fait sertir de force dans un mécano marchand, navrante machine célibataire : pourquoi tant de suivistes ! Cinq générations au moins de Duchampiens à vouloir une petite rondelle de cette pine si triste (le seul mot psychologique utilisé de son vivant).
Allons voir plus loin ; toujours autant d’exaltation devant Klein : l’éponge bleue, le moulage d’Armand, les anthropométries ; Beuys et sa vierge de bois primitif, archaïque : tout cela également salutaire ouverture.
Dans ce petit village, la vastitude de la joie peinte prend toujours autant d’envergure, comme auparavant avec l’expo Giacometti la vie de la sculpture “en train de marcher”.
Par contre il y a Basquiat, cette resucée du marché selon Wharrol dont on essaie de faire à tout prix un martyre avec des travaux merdeux de collage comme font tous les élèves de 2ème année aux Beaux-Arts, et surtout beaucoup de faux vendus par Templon.
Il faut croire que dorénavant il y aura des écrivains comme Joyce(1) pour les universitaires et eux seuls, et des artistes uniquement pour les critiques, comme Duchamp. À côté heureusement la vie continuera.
Oh la vie tragique, bien sûr, celle des coups et du courage physique, pas la vie mise en vitrine, fut-elle celle de l’infra-mince. La joyeuseté formidable de Pistoletto, Zorrio, Anselmo et tant d’autres… Ah ! bien sûr il y a ceux qui venaient uniquement voir Ortega, et de celui-ci l’œilleton du voyeur qui permet d’embrasser l’œil reconstitué à partir de pastilles de plastique pendues.
En dehors des qualités d’Ortega, on peut dire que ce “voyeur” (comme quantité de gadgets techniques) on le “survoit” de façon incontournable dans les écoles d’Art à connotation conceptuelle depuis près de vingt ans sous tous les angles parmi le vrac des pulsions partielles, le registre névrotique obsessionnel, l’éloge des petites perversions (auxquelles on préfèrera les petites vertus), et le sacro-saint “protocole” de l’artiste dont la prétention à la maîtrise n’a d’égale que l’oubli de son inconscient…
Contre cela la démesure, oui, baroque, volante, bridée, orientale, allemande, américaine, russe, en espérant qu’on en aura fini bientôt et à tout jamais des conceptuels, d’Art and Language, du minimalisme et de toute cette fascination convenue et puritaine de la logique et des mathématiques (fascination ignare, car Duchamp était tout sauf un mathématicien, ce n’était qu’un petit calculateur et un alchimiste du semblant, beaucoup moins alchimiste que Newton dans sa cave et Freud dans son cabinet, et beaucoup moins fou que Cantor) : minable métaphore du livre de mathématique pendue devant la chambre de la mariée !
Car ce n’est pas l’objet que nous cherchons, c’est la connaissance. Mais ce n’est pas non plus cette fausse posture analytique qui voudrait nous faire croire qu’on en sait un bout sur un coin, toujours ce coin fiché dans un con (pour le boucher, le faire taire : et depuis, ces commentaires à l’infini !)
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Plus tard, moi qui venais pour voir Freud j’ai subi Soulages.
Noter le principe de l’accrochage des toiles de Soulages à Houston en 1966 par rapport à la série des peintures noires de Ad Reinhardt dès 1953 et jusqu’à la fin de sa vie, et voir surtout Number 11 de 1949. Lire en particulier les pages 37-38 du catalogue Reinhardt de son exposition à Paris en 1973.
Immense “bois décoratif” et place du Tertre, que tout ce déballage de Pierrot (la seule différence c’est qu’il n’y a pas de poulbot), peinture au couteau bonne pour le poète Astringent, celui qui écrit en chiant. Sortes de plinthes et pas de drame. Rien de métaphysique. Rien de Malévitch ni de Reinhardt : c’est l’enduit qui est visible et les acryliques sont d’une platitude navrante. La brillance prédomine, les plans coupés, la graisse, un peu comme ces architectes des années 60 marqués par Le Corbusier qui trouvèrent de la plus grande plasticité de laisser des chiures de béton issues de la compression des coffrages sur les villas des photographes.
Au milieu de ça des réflexions stupides sur la présence du regardeur : encore un vocabulaire à la Duchamp pour du sous -Reinhardt.
On pense aussi à Debré qui n’a jamais pu surnager de la Loire, jamais pu se décoller d’une référence particulièrement boueuse à la nature.
Soulages aussi chiant que le design, qu’Erro avec ses “nègres” vietnamiens dont il parlait jadis dans une conférence à des publicistes, ses spécialistes d’affiches de cinéma qui réalisaient ses toiles là-bas au kilomètre, lui si fier d’avoir peint plus de mêtres carrés que Rubens, le fabricant de grosses cuisses.
Celui que la couleur emporte et défigure comme la nudité elle-même ne peut pas avoir vu les grandes expositions des Grands Abstraits américains et s’intéresser encore à Soulages, qui reste un peintre du bord tranquille.
Méconnaissance absolue de Newman et des autres grands abstraits depuis la fin des années 40 jusqu’au début des années 50. Hitler avait perdu la guerre mais gagné la culture, puisqu’on parlait à leur propos “d’art dégénéré”.
Le post-moderne au sens d’anti-dogmatisme est né à New York dans ces années-là, contre les “ismes” de toute sorte.
À 50 ans Barnett décida de devenir essayeur chez son tailleur pour ne plus être à la charge de sa compagne et surtout pour faire essayer un costume au président du MOMA et le retoucher directement lui-même à la craie.
Reinhard est parti de lui ; Rothko est parti de son immensité ; tous ceux qui l’avaient abandonné sont partis de lui. Still est parti de lui.
Enfin j’ai vu Freud ! Opposition du catalan qu’on pourrait dire d’un protestantisme revèche contre un anglo-saxon qu’on pourrait croire d’un catholicisme baroque (une fois n’est pas coutume !) Où l’on peut noyer les Cathares ascétiques dans un bain de chair débordante, en espérant qu’ils reviennent au cassoulet sans l’inonder de vinaigre.
Mais c’est vrai que dans le fond Soulages ne se soulage pas tellement : cela m’a fait penser à sa femme de ménage qui racontait dans les années 70 à Montpellier qu’il l’obligeait à nettoyer la moindre aiguille de pin et la moindre trace de résine sur sa terrasse. Mais bien sûr, sans doute exagérait-elle (c’est bien ça qu’il faut dire ?)
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(1). Pensons à l’innommable Stephen-des-fientes qui osa dire que Joyce était sans doute le plus grand écrivain de tous les temps ! Comme si les jouissances de toile cirée de ce minable archiviste miro équivalaient à une seule œuvre de Shakespeare ou au Baladin du Monde Occidental.
C’est inaugural, comme Christophe Colomb et comme l’Hombre sans Homme d’Hiroshima ou comme l’émotion ressentie au surgissement vif d’une saison qu’on célèbre (l’automne, en particulier), dans un lieu où elles sont particulièrement “tranchées”. Sagesse de l’émotion.
En réalité ça ne vient pas de ça mais de l’incarnation de l’horreur, d’être renvoyé par le film au regard des passants, à leur visage horrifié, d’entendre le “Oh ! My God !”, de voir la course éperdue et tâtonnante du filmeur… Puis grâce à l’efficacité du calcul médiatique de Benladen (les 17 minutes entre l’attaque de la première et de la deuxième tour ayant permis de bénéficier de l’arrivée d’équipes professionnelles), ces réactions sont d’autant plus sensibles et rentrent d’autant plus dans le champ de la compréhension. On reçoit en direct le décalage entre la vision et la compréhension, comme lorsqu’on assiste à un accident dont on est partie prenante.
Autre chose remarquable : la beauté du couple Obama. Ça se distingue, chez les gouvernants. Ils font aussi fort que les Kennedy, comme on dirait dans Ciné-Monde (ou dans Le Figaro, ou Le Nouvel Observateur ou Libé, puisque c’est désormais la même idéologie).
Sûrement que les Tours sont devenues la scène inaugurale pour certains comme le film d’Abraham Zapruder le fut pour De Lillo (qui du reste a écrit également L’Homme qui tombe.)
Sans chercher à s’interroger sur les 111 jours qu’il reste avant la fin de l’année, la Onzième arcane du tarot, c'est La Force : l’âme qui dompte un lion, dirait l’ami Vivien Isnard, au moins aussi numérologue et astrologue que peintre.
Le 12 c’est le renversement du Pendu, et c’est aussi L’Homme qui tombe. Et pour le 13, c’est-à-dire demain et L’ombre du Mat, on se réservera la lecture de Vendredi 13 de Goodis, même si ça par malchance ça tombe un mardi, en attendant des divertissements nucléaires pour faire mieux que l’exploit de trois mille morts grâce à une fourchette.
O. N.