Onuma Nemon

Cosmologie Onuma Nemon : Avant-propos

La Cosmologie Onuma Nemon est désormais close. Sa clôture a donné lieu à une lecture à la Maison de la Poésie de Paris en décembre 2016 avec un accueil tout à fait formidable, il faut le reconnaître.
L’évènement était important, car il soulignait qu’avant d’être des récits ou une épopée, la Cosmologie était d’abord de la poésie, depuis les premiers poèmes des années soixante jusqu’à l’aboutissement des États du Monde.
1963-2016, cela couvre plus de cinquante années de recherche, sans compter les esquisses préalables.
Comme dit Lermontov, je crois : “La pièce est enfumée, il est temps de sortir.”
 
Cette Cosmologie s’est mise en place très tôt de façon brute et inconsciente dans l’enfance par un travail à deux mains de deux frères, dont l’un disparu. Le vivant Nicolaï, écrivait à la place du mort Nycéphore, au moins autant que pour lui-même. Main droite, frère mort.
Ensuite à l’adolescence, il y eut l’amorce d’une première élaboration en cinq continents liée au début du travail sonore, cinématographique et plastique.
C’était LOGRES (pays des Ogres chanté par Calogrenant), lieu de la quantité des “assouplissements techniques” avec d’indéniables influences, cannibalisme et apprentissage à travers plusieurs formes archaïques. Sans doute la limite du fétiche.
Il y avait alors, grâce à une réclusion volontaire, une concentration farouche avec en particulier une exacerbation hallucinatoire de la vue compensant l’anecdote d’avoir failli devenir aveugle. Le texte est devenu plus habile aujourd’hui, mais il a certainement perdu une grande part de férocité brouillonne et il a quitté ses halliers griffus, anarchiques.
 
Aujourd’hui, ces cinq continents se sont résumés en une formule : OGR-OR-O-HSOR-OKO.
 
OGR s’est vraiment constitué en travaillant des formes classiques et distinctes de récits, poèmes, dessins, etc. Où la division en deux fut bientôt remplacée par un tournoiement à trois (le frère vivant se redivisant en deux [Nycéphore et Nicolaï], parfois jumeaux, face au disparu [Didier]). C’est la partie la plus volumineuse.
Le volume OGR paru chez Tristram en 1999 en est un tout petit extrait.
 
Toute la Cosmologie est restée enfouie et connue d’à peine une dizaine de personnes jusqu’en 1984 où je décidai de mettre à jour cette énormité.
C’est alors qu’apparurent des essaims à plusieurs Voix qui n’œuvrèrent plus sur des récits complets, mais au contraire sur le surgissement de fragments cessant avant même de “prendre”, dans un souci d’emporter ensemble la question du romanesque avec celles de l’épique et du poétique. Chacune de ces Voix redémultipliant à chaque fois les registres utilisés, notamment le domaine graphique, les œuvres plastiques venant tenir le rôle d’Étoilements idéogrammatiques dans le texte et s’articulant avec des Extensions en volume hors du livre (arts martiaux, photographie, machines, cinéma, son…). Ce fut OR, division du monde en cinq Saisons à la Chinoise. La grande exposition du Quartier à Quimper a repris cette disposition.
 
Puis enfin O, dont l’autre nom est Cerveaux, qui vise à un fonctionnement neuronal dans l’écriture et à la disparition de l’auteur en même temps que de tous les effets, illustrations et autres, continent dont la masse est peu importante.
 
Le volume ON ! (divisé en Chants et renommé Quartiers de ON !), paru chez Verticales en 2004, est une tentative de traverser OGR, OR et O pour en donner une vue rapide à partir d’une multiplicité de points de vue.
 
Outre cela HSOR est le tressage d’histoires singulières avec l’HiStOiRe du temps : journal, récifs de voyage, Cartes des territoires, théorie, etc.
 
Le seul continent résiduel non publiable est OKO.
 
L’étape définitive qui a pour nom États du Monde, et qui a été publiée dans son premier volume par Mettray en août 2016, échardes de réel composant un immense train de bois flottants, opère une traversée par Tribus et par Lignes singulières en suivant une ou plusieurs Figures de ces tribus le long des saisons de leur vie.
 
La Cosmologie peut toujours être abordée aussi bien par Quartiers ou par Saisons, que par Lignes ou par Chants. Ces quatre abords ne s’excluent pas et la Cosmologie ne s’y réduit pas non plus.
*
Il n’y a pas de lecture totalisante de cette œuvre : c’est une technique d’agrégats en expansion et toujours à la limite de la désarticulation : le chant se lance sur le fil du danseur de corde un peu comme le sens au-dessus des caractères dans la langue chinoise.
Une réalisation aussi longue a permis de travailler les tensions entre les parties d’époques différentes, tout en permettant des niveaux d’articulations supérieurs. Car en dehors de la durée historique il ne faut pas oublier l’expansion géographique de la construction (qui ne procède pas comme habituellement dans ce genre d’entreprise, par tranches temporelles d’un volume après l’autre), mais au contraire s’est déployée dans tous les sens à la fois au fur et à mesure des années, de telle sorte que la moindre modification à un endroit ou le surgissement d’une nouvelle Figure se répercutait sur l’ensemble de la Cosmologie ; c’est ainsi qu’on retrouvera les mêmes noms et les mêmes lieux aussi bien dans les pièces radiophoniques des années soixante que dans des récits récents. De là aussi la nécessité d’en dresser régulièrement de nouvelles Cartes.
*
La Cosmologie O. N. est une collection d’extases & d’énigmes. Non pas des énigmes psychologiques, mais des énigmes cosmologiques, avec la prétention que le chant dise absolument le monde, le dessin du monde qui n’est pas une intention. On ne vient pas là pour résoudre, mais pour embarrasser. Et surtout pour fonder un nouveau territoire de l’Inscription dont on trouvera les détais ici-même.
De ces états-limite, de ces fulgurances, souhaitons qu’elle en ait gardé les marques, qu’il reste quelque chose de cette course vitale, de ces cadences, de cette lancée jusqu’à l’épuisement du souffle, car la phrase ne fait qu’accompagner la précipitation, et l’Inscription n’est rien d’autre que cette course à la recherche d’une arme de jet…
*   *
*
On voudra bien consulter pour plus de précision, les textes théoriques suivants : L'Inscription, dans le Contient HSOR.